Grand Est

Publié le 6 mai 2021 | par Labo Des Histoires

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Voltaire fait débat

Voilà plus d’un an que Madame Fiorèse, professeure au lycée professionnel Louis Geisler de Raon-L’Etape, a entrepris un vaste projet sur le thème des droits des femmes, dans le cadre des objets d’étude « Les philosophes des Lumières et leurs combats contre l’injustice » et « Les femmes, de la belle époque à nos jours ». Avant le confinement de printemps 2020, celle-ci a entamé plusieurs actions avec ses classes, visant à les sensibiliser à l’égalité femmes-hommes : visionnage du film Billy Elliot suivi d’un débat sur les préjugés, analyse des catalogues de Noël et échanges sur l’impact des « jouets genrés » sur la construction des enfants, étude de figures féminines ayant eu un impact sur leur époque…

C’est dans ce cadre qu’intervient l’auteur-compositeur-interprète Emanuel Bémer, créateur du spectacle féministe « Je est une autre ». Séance après séance, l’artiste s’appuie sur les connaissances acquises par les élèves en cours de français et d’histoire-géographie, pour libérer la parole, créer le débat et travailler sur l’argumentation.

Mercredi 5 mai 2021, c’est auprès de 6 lycéennes et 6 lycéens qu’Emanuel Bémer est intervenu ; la parité est respectée et il s’en réjouit. L’atelier débute par un tour de table, durant lequel chaque participant.e exprime son état d’esprit en un mot : « bien », « heureuse », « tranquille », « sensible »… L’artiste annonce ensuite aux élèves l’objectif de la séance : s’exprimer sur les discriminations via le slam, forme de poésie orale.

Pour se mettre en jambe, il propose aux élèves de travailler sur leur spontanéité en lançant un concours de rimes. Emanuel Bémer propose un son, et chaque élève propose un mot se terminant par lui : « formidable », « insaisissable », « coupable » / « félicitation », « poison », « régularisation » / « synonyme », « rime », « patronyme ».

Ce dernier mot permet à l’intervenant de rentrer dans le vif du sujet, d’exposer aux participant.es le concept de société patriarcale, en s’appuyant sur des exemples contemporains et des faits historiques. Il en profite pour revenir sur les fondements de notre société posés durant le Siècle des Lumières (notamment la séparation entre le pouvoir, le clergé et la justice, ainsi que la sécurité sociale), puisque c’est sur la pensée des philosophes que s’articulent les jeux d’écriture du jour.

Dans une enveloppe contenant diverses citations de Voltaire, une élève pioche la phrase

«Il faut bien […] que les hommes aient un peu corrompu la nature, car ils ne sont point nés loups, et ils sont devenus loups. Dieu ne leur a donné ni canons de vingt-quatre, ni baïonnettes ; et ils se sont fait des baïonnettes et des canons pour se détruire.» (Voltaire, Candide ou l’Optimisme)

chaque participant.e se munit alors d’une feuille et d’un stylo, et dispose de 3 minutes pour écrire à partir de cette citation.

« Imaginez que vous êtes en soirée en train de discuter avec quelqu’un, et votre interlocuteur vous dit cette phrase. Que lui répondez-vous? Etes-vous d’accord? Pas d’accord? Pourquoi? Ecrivez de la manière la plus spontanée possible, ce qui vous passe par la tête ».

Une fois le temps écoulé, chaque élève lit son texte à ses camarades, qui réagissent, complètent ses propos ou expriment leur désaccord.

Ils se répartissent ensuite en 3 groupes, pour se lancer dans l’écriture d’un texte commun, toujours à partir de citations de Voltaire « Il faut avouer que ce monde est une étrange chose » ( Candide ou l’Optimisme), «  Il vaut mieux hasarder de sauver un coupable que de condamner un innocent. » ( Zadig ou la Destinée) et « Les hommes jugent de tout sans rien connaître. » (Zadig ou la Destinée). Les élèves discutent entre eux, expriment leurs idées, débattent, trouvent des consensus, puis co-rédigent un texte.

Lors de la lecture, d’autres débats naissent, en faisant le parallèle avec l’époque contemporaine.
« Il est étrange que les richesses soient si inégalement réparties. Pourquoi est-ce-qu’un footballeur qui court après une balle est mieux payé qu’un médecin qui sauve des vies?
– On l’a bien vu durant le confinement : les métiers les plus utiles sont les moins bien payés ».
« Je ne suis pas d’accord sur le fait qu’il vaille mieux sauver un coupable que de condamner un innocent. Il faut s’appuyer sur des preuves.
– C’est comme les accusations pour viol en ce moment. Pour moi une personne est innocente tant qu’on a pas prouvé qu’elle est coupable. »

La séance se termine sur ces échanges intéressants et enrichissants. Ceux-ci ont été enregistrés et ont servi de fond sonore à la vidéo que nous vous invitons à découvrir ci-dessous.


A propos

Le Labo des histoires propose des ateliers d'écriture gratuits pour les jeunes de moins de 25 ans. Journalisme, scénario, écriture créative, B.D., poésie, chanson... Venez vous initier aux techniques d'écriture, écrire, imaginer, raconter de nouveaux mondes, de nouvelles histoires, de nouvelles aventures !



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