Hauts-de-France

Publié le 14 juin 2016 | par Labo Des Histoires

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Témoignage : Patrice Gaches, professeur de français au Collège de Wazemmes

Le Labo des histoires Nord – Pas de Calais est intervenu plusieurs fois au collège de Wazemmes (Lille) pour travailler avec les élèves de M. Patrice Gaches. Ce dernier revient sur son expérience avec le Labo en tant que professeur. Il livre un précieux témoignage sur l’impact des ateliers d’écriture créative en milieu scolaire.

 

LE LABO DES HISTOIRES DANS DEUX CLASSES AU COLLÈGE DE WAZEMMES DE LILLE (2015-2016)

Je suis professeur de français au collège de Wazemmes. J’y suis depuis son ouverture en 2008. J’étais auparavant au collège Jean Macé avant sa fermeture et sa fusion avec le collège Albert Camus. Quand j’ai demandé ma mutation en 2001, je me suis porté volontaire pour être à Lille et dans un collège classé PEP à l’époque. Le collège de Wazemmes est en REP +, ce qui signifie que les élèves sont majoritairement défavorisés sur le plan socio-culturo-économique. L’enseignement ne peut se pratiquer qu’avec des dispositifs différents. Je tente de ce fait depuis 2012, avec l’aide de collègues et de structures associatives de mettre en place la pratique du français par l’intermédiaire notamment du slam et du théâtre. La rencontre en 2015 avec le Labo des histoires et l’aide de la politique de la ville m’ont permis de retravailler avec les slameurs Marc-Alexandre Oho Bambé et Albert Morisseau-Leroy du collectif « On A Slamé Sur La Lune », cette fois-ci, avec ma classe de 6B et de faire intervenir une actrice-metteuse en scène de théâtre, Muriel Coquet, au sein de ma classe de 4N.

En novembre 2015, le slam a été utilisé pendant les heures de français en 6B pour travailler sur la laïcité. Les intervenants, que je connais depuis 2012, ont amené les élèves à libérer leur expression à l’écrit et à l’oral en partant de leur représentation de la laïcité. Les textes se sont étoffés au fur et à mesure et j’y ai également participé. Une restitution a eu lieu avec les élèves volontaires un samedi à la médiathèque L’Odyssée de Lomme devant un public. Les élèves ont été félicités et applaudis. Ils ont reçu chacun un cadeau de la ville de Lomme. A la restitution a participé également Anne-Sophie Rouanet de l’association « Lis avec moi », avec qui je travaille depuis 2008.

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En mai 2016, autour de l’action de l’Education Nationale « Dis-moi dix mots », Muriel Coquet est intervenue dans ma classe de 4N lors de quatre séances de deux heures. Une moitié de la classe est en difficulté, l’autre moitié a des qualités littéraires. Elle est partie du ressenti des élèves autour des dix mots et les a amenés à construire un personnage, puis deux. Des binômes-trinômes ont été consitués pour élaborer des saynètes autour de la rencontre de deux personnages en conflit avec unité de temps, de lieu, d’action à partir des dix mots issus de différents pays francophones. Certains élèves ont su aller jusqu’au bout de la démarche et ont souhaité jouer leur saynète.

J’espère avoir l’occasion de retravailler avec le Labo des histoires dans les années à venir avec d’autres partenaires artistiques ou les mêmes. L’écrit est l’outil fondmental qui permet aux élèves décrocheurs ou perturbateurs d’apprendre à verbaliser leurs émotions et à les partager avec enthousiasme et créativité. C’est à ce moment-là que la réconciliation a lieu avec la pratique de la langue et que la valorisation peut s’effectuer.

J’ai en effet régulièrement des élèves qui sont peu lecteurs et baignent dans la culture de l’oral. Ils sont dans des familles où le livre est peu présent et l’écriture pratiquement inexistante. Je commence à avoir de plus en plus d’élèves qui souffrent de troubles dys : dans ce cas, l’écrit est une véritable souffrance. Par contre, ils fonctionnent par images mentales. Et l’image est le point de départ de l’imaginaire et donc de la construction d’une histoire. La rencontre avec des intervenants artistiques a un double intérêt : elle me permet d’appréhender les méthodes de création des artistes et elle favorise chez les élèves un besoin de montrer qu’ils savent faire et qu’ils peuvent le faire bien.

Le slam fait partie de la culture urbaine comme le rap et le hip-hop. Elle est donc proche des élèves tout en leur permettant d’accéder à la culture : slamer, c’est scander et déclamer, mais aussi construire une histoire, d’où sa parenté avec le conte. L’élève est amené à puiser dans sa réserve d’images, à les développer et à les formuler pour les rendre accessibles afin de les partager avec les autres. L’élève doit s’impliquer par la réflexion, l’argumentation et l’imagination. Il peut accéder ainsi à la poésie, que l’on dit parfois élitiste, mais qui est ainsi démocratisée par la recherche d’images et de rythmes.

Le théâtre permet de faire appel à la parole intérieure des élèves à travers la pratique d’un rôle sans qu’il y ait de mise à nu et donc de prise de risque devant les autres camarades. Certains d’entre aux jouent déjà un rôle dans la classe et ont du mal à s’en défaire. Les élèves à fort caractère présentent un potentiel de créativité pour donner force à des personnages. Les plus timides peuvent découvrir la qualité de leur parole à travers l’écoute des autres. L’imaginaire fait dans ce cas appelle au quotidien à travers un cadre souple et rassurant : unité de temps, unité de lieu, unité d’action. Cela permet aux élèves d’extérioriser leurs émotions de manière mesurée et de prendre confiance en eux en prenant conscience de leurs capacités à dire, à créer, à émouvoir. Le théâtre leur permet de se réconcilier avec le groupe et de trouver une parole qui leur permette d’être entendus et reconnus, de prendre conscience des situations de communication qui sont variées dans la vie de tous les jours et d’adapter leur niveau de langage et de travailler leur argumentation en fonction du destinataire.

On parvient ainsi à leur faire pratiquer du français sur tous les niveaux (linguistique, narratif, sémantique, poétique…) sans qu’ils s’en rendent compte et c’est souvent un défi difficile à relever au quotidien dans le cas d’élèves en difficulté socio-culturelle.

 

Patrice Gaches, professeur de français au collège de Wazemmes


A propos

Le Labo des histoires propose des ateliers d'écriture gratuits pour les jeunes de moins de 25 ans. Journalisme, scénario, écriture créative, B.D., poésie, chanson... Venez vous initier aux techniques d'écriture, écrire, imaginer, raconter de nouveaux mondes, de nouvelles histoires, de nouvelles aventures !



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