Comme si vous y étiez

Publié le 20 novembre 2014 | par Labo Des Histoires

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Rencontre avec Timothée de Fombelle : « rien n’est plus moderne que l’écriture »

Avez-vous déjà visité la « fabrique » d’un écrivain ? C’est le beau cadeau que nous a fait Timothée de Fombelle, lundi soir au Labo des Histoires, à l’occasion de la sortie de son nouveau roman, Le Livre de Perle, paru chez Gallimard.

L’auteur  de Tobie Lolness, de Vango et de Céleste, ma planète, nous a livré ses secrets de… « fabrication » dans un riche et long échange avec une vingtaine d’adolescents (des vrais et quelques adultes ayant gardé une âme d’enfant) . « Il y a dans l’écriture une part d’artisanat », estime cet homme d’une grande gentillesse, complètement détaché du succès qui fait de lui un poids lourd de la littérature jeunesse, avec des « œuvres » (il tient aux guillemets) traduites en vingt-huit langues. Un succès qui va croissant : une chaîne de télévision française lui a commandé une grande saga pour l’été prochain, des producteurs de renommée hollywoodienne ont acheté les droits des deux tomes de « Tobie » : La vie suspendue et Les yeux d’Elisha. Une reconnaissance qu’il accueille sans forfanterie, juste heureux d’imaginer le jour où il pourra arpenter physiquement les décors qu’il a créés minutieusement, détail après détail, avec son cœur, avec ses tripes, avec ses mains.

« Les toutes premières phrases sont importantes »

Rien. Timothée ne nous a rien caché de la manière dont il concevait son art, attaquant « les murs à mains nus », pour expliquer sa rage de faire émerger l’authenticité de ses pensées profondes, de ses enchantements et chagrins d’enfant. Il nous a parlé de ses habiles constructions comme une façon de s’inventer des contraintes pour se sentir paradoxalement plus libre, plus léger : « Je vais vers l’intime », dit-il. Il nous a expliqué d’où venaient l’intensité de son écriture et le rythme de ses récits d’aventures et d’amour  à couper le souffle. Comment après une course échevelée, il sentait le besoin de marquer une pause. Comme pour mieux repartir ? Parfois seulement pour méditer sur ce qui  nous touche, chacun d’entre nous, au plus profond de nous-mêmes.

Acharné dans le travail de recherches, avide de connaissances sur les mondes dans lesquels il fait vibrer ses personnages, tous triés sur le volet pour des raisons bien précises et mûrement pesées, Timothée de Fombelle nous explique qu’à l’heure de se lancer dans l’histoire (il tient au petit h), il prend soin de tout oublier et de ne plus se fier qu’à ce qu’il a retenu inconsciemment pour tracer les traits caractéristiques des personnages pourtant tous si différents, oscillant entre le bien et le mal, entre personnages de fiction, personnages réels, voire les deux ! Oui, certains de ses personnages, émanant d’un conte oublié prennent soudain pied dans la vraie vie, la nôtre. Ou bien c’est lui-même, Timothée de Fombelle en personne, qui entre dans le livre, même si c’est à reculons !

Une petite fille lui demande s’il commence toujours ses romans par le titre ? La bonne question ! « Non, le titre vient plus tard. Il jaillit un jour comme une évidence. En revanche, les toutes premières phrases sont importantes. » Et l’écrivain de citer, comme on fredonne un air connu l’attaque de Tobie Lolness, qui ne doit rien au hasard mais au contraire a été taillée et polie comme un morceau de bois : « Tobie mesurait un millimètre et demi, ce qui n’était pas grand pour son âge. Seul le bout de ses pieds dépassait du trou de l’écorce. »

« La fiction n’existe que si on la croit ! »

Le lecteur innocent ne le sait pas encore, mais il aimera Tobie, il aura peur pour lui, il ne lui lâchera plus la main. Parce que l’auteur veut qu’il en soit ainsi. Il ne raconte pas « une » histoire sortie de son imagination. Il raconte l’histoire qu’il a envie de faire lire au plus grand nombre. « En espérant  les toucher comme moi-même, j’ai été touché, enfant, par mes lectures », explique-t-il.  Par cœur, Timothée de Fombelle nous offre les trois premières phrases du Livre de Perle : « Qui pouvait deviner qu’elle avait été une fée ? Elle s’était échappée par la fenêtre de la tour en déchirant ses vêtements pour en faire une corde. Est-ce que les fées descendent ainsi les remparts ? »

S’il avait été architecte comme son papa, Timothée aurait pu construire des tours et des remparts, mais il est heureux aujourd’hui de pouvoir les reproduire exactement comme il les voit, et tant pis si la fenêtre n’est pas placée au bon endroit ! « La fiction n’existe que si on la croit ! ».

Le succès n’a rien changé aux habitudes de cet homme de 41 ans, professeur de français au Vietnam dans une première vie d’exilé, initié à l’écriture dès son plus jeune âge dans le cercle familial, auteur de théâtre dès l’âge de 17 ans, père de famille, entouré principalement par des femmes et de nombreux amis. Il dispose à présent d’un local à lui : une ancienne fabrique de guimauve pour laisser planer son imagination à sa guise entre deux balades dans les rues parisiennes.  S’il avait à choisir trois objets à emporter sur une île déserte, issus des contes sans lesquels il ne pourrait vivre aussi sereinement, il prendrait « un petit bout du nez de Pinocchio, un morceau des bottes de sept lieux à récupérer chez le cordonnier et un caillou du Petit Poucet protégé par un écrin pour ne pas le perdre. »

Dominique Bonnot, journaliste et animatrice de cette rencontre

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