Nouvelle-Aquitaine

Publié le 24 février 2020 | par Labo Des Histoires

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Portrait Gilles Dusouchet

1. Quand l’écriture est-elle entrée dans votre vie ?

  D’abord l’apprentissage de la lecture avec ma mère, avant l’école, devant une grande baie vitrée donnant sur l’horizon. Lire ouvrait grand les fenêtres sur un monde à explorer et où m’aventurer. C’était m’y rendre libre. L’écriture ne m’a saisi qu’au seuil de l’adolescence, dans l’apprentissage d’un deuil, et, contrairement à l’innocente escapade du lecteur, m’enjoignait de fouiller la plaie et de retourner les cartes.

2. Quelles sont vos expériences professionnelles en lien avec l’écriture ?

Les mots, c’est mon métier. J’ai circulé dans la presse écrite, l’édition, la communication, sans plan de carrière, d’instinct et désireux toujours d’exercer ma liberté, même dans la dépendance à des commanditaires. C’est rester nomade et rétif aux injonctions du réel.

 3. Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Je ne crois pas à l’inspiration mais aux obsessions et à l’urgence des pulsions. Soit creuser les mêmes sillons.

4. Quelles sont vos projets ?

Un polar psychologique en cours,doux, léger, sinueux, cruel et dérangeant. Mélange des genres.

5. Quelle est votre vision de l’écriture ?

Écrire, c’est se relire cent fois, c’est aussi épuiser son corps dans un labeur que l’on croit, à tort, mental. L’énergie libidinale à l’oeuvre. Et sinon, une sale affaire car l’écriture, à mes yeux,échappe à tout, s’invite partout, ne tient compte d’aucun principe moral, et rend compte d’une existence qui serait à la fois une farce et un miracle. C’est enfin devenu une activité marginale voir domestique, hypocritement révérée et célébrée quand elle relève d’un artisanat de niche, au prestige inversement proportionnel à sa piètre valeur marchande. La puissance évocatrice des mots rencontre aujourd’hui un public docile, sans vigueur intellectuelle. L’image envahissante et l’oralité des textes transmis via les supports numériques dans nos usages sociaux ont pris place dans nos vies et rangeront tôt ou tard la littérature au rayon des fossiles.

6. Avez vous un conseil à donner aux écrivains en herbe ?

Ne jamais écrire en gardant le miroir tourné vers soi, l’orienter vers le lecteur. Conversion indispensable quand on prétend à une publication. C’est un métier, pas qu’une vocation. Pour le reste, aucun conseil. Les uns s’y raconteront une histoire, d’autres croiront porter un message, d’autres encore y verront un statut, quand les derniers se contenteront de répondre à une nécessité intime, vitale, et sans volonté de conquête. Le pire, sans doute,est d’en faire une thérapie, on ne guérit rien de la sorte.

7. Le livre qui vous a marqué dans votre enfance ?

Les livres de la fin de l’enfance. Un dépucelage littéraire : « Les Illuminations » d’Arthur Rimbaud. Et l’apprentissage du désenchantement : « Adolphe » de Benjamin Constant.

8. Votre endroit préféré pour lire?

L’endroit préféré pour écrire. Ma bibliothèque, le seul endroit où je puisse m’adonner au tabac sans indisposer personne et m’envelopper de silence.

9. Votre personnage de roman préféré ?

Un personnage de roman. Ulrich, « l’homme sans qualités » de l’ouvrage éponyme de Robert Musil, cet homme « en congé de la vie » traversant les salons et les asiles d’une société impériale et viennoise que la Guerre de 1914 allait précipiter dans le vide. L’ironie et le lyrisme, l’utopie intérieure, l’élégance devant l’abîme.

10. Un grand classique de la littérature que vous aimez ?

Un grand classique. « Anna Karenine » de Tolstoï pour sa tendresse envers les personnages, l’humanité déchirante du récit, science narrative et descriptive inégalable. Mais Dickens possède aussi ce talent. Et Kafka pour son impuissance savoureuse à démêler l’écheveau de l’existence et ces mots jetés dans son journal ; « Dans ton combat entre toi et le monde, aide le monde ».

11 . Un geste que vous pouvez effectuer des dizaines de fois dans la même journée ?

Un geste répétitif et quotidien, presser ou pincer mon thorax, le noeud gordien des émotions.


A propos

Le Labo des histoires propose des ateliers d'écriture gratuits pour les jeunes de moins de 25 ans. Journalisme, scénario, écriture créative, B.D., poésie, chanson... Venez vous initier aux techniques d'écriture, écrire, imaginer, raconter de nouveaux mondes, de nouvelles histoires, de nouvelles aventures !



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