À lire Cadavre exquis de l'été - chapitre 4

Publié le 9 juillet 2012 | par Labo Des Histoires

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Le cadavre exquis de l’été

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– 1 –
Caroline Sers

Le rayon de soleil qui frappa l’œil de Julie déclencha dans son esprit ensommeillé une série de réflexions dont, plusieurs heures plus tard, elle se souviendrait encore avec précision.

D’abord : « Il fait enfin beau, quelle chance… » Puis : « Il doit être au moins neuf heures, pour que le soleil entre dans ma chambre. » Et enfin : « Mais ce n’est pas dimanche ! Pourquoi personne ne m’a-t-il réveillé ? »

C’est juste après cette dernière pensée qu’elle ouvrit les yeux et se redressa dans son lit. Malgré sa porte ouverte – elle détestait être enfermée, même pour dormir – aucun bruit ne lui parvenait. Elle se leva prestement, enfila un gilet et s’engagea dans le long couloir qui séparait les chambres du reste de l’appartement. D’ordinaire, elle entendait les émissions de radio matinales, des bribes de conversation entre ses parents, le son des bols reposés sur la table, bref, tout un tas de choses qui lui permettaient de savoir quelle heure il était sans avoir besoin de jeter un coup d’œil à l’horloge. Mais là, rien… Le vide sidéral, le néant, comme dans un épisode de la Quatrième dimension. Elle aimait beaucoup ces vieilles séries que son père regardait avec elle, par nostalgie lui expliquait-il.

Arrivé à la porte de la cuisine, elle hésita un instant avant de passer une tête. Et si elle découvrait une chose horrible, épouvantable, affreuse, atroce, terrible ?

Puis elle se lança et vit… rien ! Personne. La cuisine était vide, propre, rangée comme si quelqu’un devait venir visiter les lieux. Elle courut au salon. Idem. Personne.

Alors, prenant ses jambes à son cou, elle se précipita le long du couloir vers la chambre de son frère. Elle ouvrit la porte à la volée.
— Tom ! Tom, tu es là ?
Un brusque mouvement sous les couvertures la rassura. Puis la tête ébouriffée de son frère apparut.
— Non mais ça va pas ? Qu’est-ce qui te prend ?
— Papa et maman ont disparu.

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– 2 –
Barbara Andrzejczak, 18 ans

Tom la regarda, l’air bête. Il se releva sur les coudes à l’aide d’un effort plus que visible. Voir la panique dans les yeux de sa soeur ne le préoccupa guère. Elle n’arrêtait pas de «paniquer pour rien».

Il se lev1a sans se presser et s’étira lentement. Le jeune homme enfila prestement un débardeur blanc (il avait l’habitude de dormir torse nu, comme son père) et descendit les escaliers élégamment. Le plus naturellement du monde, il ouvrit le frigo et prit une brique de lait à demi entamée. Tom but une longue gorgée au goulot en fermant les yeux.

Le comportement de sa soeur l’irritait, il ne comprenait pas sa peur, cette peur qui semblait l’envahir entièrement maintenant. En pensée, il la traitait d’hystérique, mécontent d’avoir été réveillé. Julie, pendant ce temps, les larmes aux yeux, cherchait avec acharnement partout dans la maison un indice, une preuve, une chose qui lui permettrait de découvrir où étaient ses géniteurs.

En rouvrant le frigo, pour y redéposer le lait, Tom remarqua au fond de celui-ci un morceau de papier orange. Il le prit et le lut. C’était une lettre qui leur était destinée, à Julie et à lui. Elle était écrite par Allan, le père des jumeaux. Elle ne donnait aucune indication sur le lieu où il se trouvait ni sur quand ils reviendraient. Elle ne leur apprenait absolument rien. Le texte était très court, comme si le quadragénaire voulait leur laisser un mot pour la forme, pas par nécessité. «Je vous aime, je reviendrai.» Ces simples mots étaient tracés de manière maladroite sur cette grande feuille. Pour Tom, pas de doute possible ; ses parents avaient été enlevés.

Quand elle lut les mots sur la feuille, le visage de Julie se décomposa. Elle regarda Tom, songeur. Trois questions le taraudaient : pourquoi une feuille ORANGE ? Ils n’écrivaient jamais sur des feuilles de couleur. Cela voulait dire que leur père avait fait ce choix de façon totalement consciente. Pourquoi aucun mot au sujet de leur mère ? Et surtout… Pourquoi mettre cette lettre au fond du frigo ?


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