Normandie

Publié le 11 avril 2022 | par Labo Des Histoires

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L’art du portrait !

La seconde session du projet L’art du portrait a bien démarré à la Mission Locale de l’agglomération rouennaise. Un nouveau groupe de douze jeunes, âgés de 16 à 25 ans, bénéficiaires d’une protection internationale (BPI) et suivis dans le cadre du dispositif Garantie jeunes, suivent, à leur tour, 8 ateliers d’écriture et d’illustration avec l’autrice-illustratice jeunesse Emannuelle Halgand. La troisième et dernière session sera programmée à l’automne prochain.

Le Labo des histoires a développé une expertise dans la médiation culturelle et l’accompagnement de personnes en difficulté avec le français, en menant depuis plus de 10 ans ans, de nombreux projets auprès de jeunes  en situation de fragilité linguistique. Il intervient régulièrement auprès des jeunes éloignés des pratiques de la lecture et de l’écriture.

Chaque autoportrait se compose d’une base photographique, retravaillée visuellement par chacune des personnes qui se donne à voir. Parallèlement, chaque portrait plastique s’accompagne de mots pour amplifier les choix visuels et dire autrement, faire dialoguer le verbe et l’image. C’est toute la richesse de la pratique iconotextuelle qui joue à entremêler les procédés narratifs pour mieux en démêler le(s) sens. Des mots pour se présenter, échanger, vivre ensemble, communiquer, se raconter, mais aussi imaginer, créer ou rêver.

A partir de cette réalisation iconotextuelle, c’est aussi pour chacun l’opportunité d’une ouverture culturelle et artistique. D’abord par le biais d’une expérience esthétique nourrie par la rencontre avec des reproductions d’œuvres d’art (une sélection de portraits préparées par l’intervenante) et une expérience plastique à travers la place essentielle du faire. Il s’agit d’une collaboration entre acte photographique et interventions plastiques (chaque participant intervient directement sur le portrait avec des médiums divers qu’il choisit : tels que des pots de peinture, craies, pastels, colle, magazines pour faire des découpages et des collages). Chacun peut alors amener ses propres éléments ou objets à coller sur le tirage.

Ce projet souhaite que chacun puisse « entendre et faire entendre sa voix » par le biais de la double écriture verbale comme picturale. In fine, ces autoportraits uniques évoqueront des parcours personnels mais aussi une communauté de destin, comme un regard ancré dans le présent, arrêté entre passé et futur.

Dans la pensée collective, avouons-le, les réfugiés nous apparaissent de manière un peu abstraite, prisonniers qu’ils sont d’être le plus souvent photographiés en masses anonymes, sorte de lointain amoncellement de gilets de sauvetage, ou représentés par des bateaux et des campements de fortune. C’est d’ailleurs ce qui nous conduit à les qualifier rapidement de « réfugiés ». Les « réfugiés » : cette masse aux contours nébuleux qui tend à faire disparaître l’humain, la « personne réfugiée ». Car, malgré ces représentations hâtives et ces approximations de langage, chacune des personnes réfugiées existe, forte de son histoire, de son identité, de sa dignité, de ses aspirations personnelles.

Le projet l’art du portrait – création d’autoportraits iconotextuels – a pour but de permettre à la personne réfugiée de s’exprimer, par la découverte et le maniement des langues, et ce faisant de communiquer avec autrui tout en approfondissant sa propre personnalité. C’est aussi, bien sûr, une invitation à dépasser les clichés de tous bords pour découvrir des visages, des parcours et des talents au service d’un nouveau départ.

Nous avons interrogé Amandine Hérondelle, chargée de projet à la Mission Locale et l’autrice Emmanuelle Halgand sur la manière dont se passait ces ateliers :

Amandine : « Emmanuelle aborde la notion de « portrait » avec beaucoup de pédagogie et de bienveillance. Ces ateliers, qui mêlent l’art visuel, l’écriture et le partage, sont un moment de médiation culturelle qui favorise les échanges sur les parcours migratoires, qui valorise les origines, un outil porteur d’une histoire de vie. Ils leurs permettent égalemet de développer les connaissances culturelles de chacun, l’apprentissage de la langue française, de créer des liens sociaux et de les valoriser ».

Emmanuelle : « Pour ma part, j’ai le sentiment que les séances sont fluides pour plusieurs raisons. D’abord parce que nous sommes dans un lieu très adapté, convivial. Ensuite, l’équipe est chaleureuse et travaille en confiance, avec un positionnement très agréable. Enfin, les jeunes sont désireux d’apprendre pour la plupart et souvent attachants, souriants, positifs malgré une période de vie difficile et incertaine. Ils sont réceptifs aux propositions qui sont faites et toujours partants même si certains sont un peu plus empêchés que d’autres car la barrière de la langue est parfois plus forte. 0n sent se développer un collectif, ce qui facilite les séances et l’adhésion de ceux qui sont plus en difficulté (les leaders sont positifs et ne tirent pas la couverture à eux)

J’ai conscience que je leur demande de gros efforts, que ce soit lors de la petite initiation à la peinture de portrait comme dans l’enchaînement des ateliers d’écriture qu’ils sont souvent amenés à verbaliser face au collectif, sans compter la démarche plastique … Parler de soi, en mots et en images, c’est quelque chose qu’ils n’ont probablement jamais fait (ou alors très jeunes) et qu’ils ne referont sans doute pas ! Exercice réflexif parfois un peu déstabilisant.

Nous commentons les écrits et les images dans une perspective systématique de mise en valeur de chacun, d’écoute et de respect. 

Les dessins qu’ils ont fait ont été vraiment très parlants. Le décryptage collectif qui en est ressorti les a beaucoup interrogés (moi aussi ! Un moment fort). On a vu des signes, des symboles de leurs attentes, de leurs situations matérielles comme psychologiques (sans non plus creuser le versant psychologique car ce n’est ni notre compétence, ni notre rôle, dans ce cadre).

On essaie de naviguer entre le passé, le présent et l’avenir. On parle de qui on est , d’où on vient… On ne sait pas toujours où l’on va, mais on se donne le droit de rêver. Dans leurs portraits visuels beaucoup utilisent des découpages d’objets, de choses qu’ils aimeraient posséder demain. On sent l’impact de la société de consommation, inévitablement ».

Emmanuelle Halgand est autrice jeunesse et développe de nombreux ateliers en direction des plus jeunes dans la découverte de la langue, de la lecture et de l’écriture. Après avoir étudié l’Histoire de l’art, le graphisme et la sociologie des publics de la culture, elle se consacre depuis une dizaine d’années à la création et l’animation d’ateliers de médiation du livre. En 2013, elle expérimente les liens entre album jeunesse et initiation philosophique à l’école élémentaire dans le cadre d’un mastère de développement des publics à l’université de Rouen et signe ses deux premiers albums : Le voyage des éléphants et La petite marmotte qui ne voulait pas dormir. Aujourd’hui, elle continue de mener en parallèle création et recherche. D’autres ouvrages sont en préparation ainsi qu’un doctorat relatif à l’imaginaire et l’album jeunesse.

Parutions – Emmanuelle Halgand

Halgand Emmanuelle – La Charte des auteurs et des illustrateurs jeunesse (la-charte.fr)

Les ateliers L’art du portrait ont été rendus possibles grâce au soutien de la Région Normandie, du Ministère de la Culture et des services de la Mission Locale de l’agglomération de Rouen dans le cadre de l’appel à projets Action culturelle et langue française.


A propos

Le Labo des histoires propose des ateliers d'écriture gratuits pour les jeunes de moins de 25 ans. Journalisme, scénario, écriture créative, B.D., poésie, chanson... Venez vous initier aux techniques d'écriture, écrire, imaginer, raconter de nouveaux mondes, de nouvelles histoires, de nouvelles aventures !



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