IDF - Ouest

Publié le 24 mars 2021 | par Labo Des Histoires

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Immersion au sein de nos ateliers BD à Mantes-la-Jolie

Le mois dernier un cycle d’ateliers d’écriture créative a débuté à la mission locale de Mantes-la-Jolie animé par l’auteur de BD Marc Védrines. Ces ateliers ont pour but d’aider et d’accompagner les participants qui racontent leurs histoires, leurs parcours migratoires plus précisément, sous forme de BD.  Et c’est un succès !

La mission locale et l’association ont fait le choix de travailler avec un groupe de jeunes majeurs en attente du statut de réfugié pour une raison simple : ces jeunes sont demandeurs de participer à des activités pour casser une routine faite d’attente et de moments très administratifs. Ces ateliers avaient également une visée sociale, celle de faire évoluer les mentalités et la représentation de ces jeunes auprès de la population. Il était important pour l’ensemble des partenaires de donner la parole à ces jeunes pour qu’ils racontent leur histoire. Dernier point, ces ateliers constituaient également un premier pas dans la maîtrise de cette nouvelle langue, qu’est pour certain le français. Il s’agissait de voir le français autrement que comme une langue administrative. 

Nous avons fait appel à l’auteur de bande-dessinée Marc Védrines car Marc accompagne depuis 3 ans le Labo des histoires dans ses projets. Sa grande pédagogie, sa bienveillance, son écoute et sa personnalité font que les ateliers proposés deviennent de vrais moments de plaisir et de partage avant tout. Ce fut immédiatement le cas avec les jeunes du groupe qui ont tissé des liens forts avec Marc. L’ensemble de l’équipe s’est mobilisée aux côtés de Marc pour pallier les difficultés de maîtrise de la langue et c’est ainsi qu’Amélie Edoin, Directrice du Labo des histoires IDF – Ouest et Dorisse Assouvie, volontaire en service civique ont fait la rencontre des jeunes. 

Regard de Dorisse, Volontaire en Service Civique au Labo des histoires Île-de-France – Ouest : 

Lors des ateliers, le nombre restreint de participants a permis un accompagnement davantage personnalisé et une proximité s’est installée entre nous et les jeunes. 

Il fallait mettre des mots sur leur histoire, leur vécu qui semble parfois irréel dans une ère aussi moderne. Lorsque les participants nous décrivent ce qu’ils ont dû affronter au cours de leur vie, il est difficile de rester impassible. Beaucoup d’entre eux ont connu l’horreur et l’inimaginable très jeune mais ils ont réussi à (sur)vivre. Ils sont arrivés en France non sans obstacles et difficultés : certains ont mis 2 semaines alors que d’autres ont mis jusqu’à 8 mois pour y arriver. En écoutant leurs histoires, j’étais à la fois choquée et admirative de leur courage, leur ténacité et surtout leur résilience. 

Interviews de l’équipe par Dorisse : 

Quel était l’enjeu de ces ateliers BD ? 

Amélie : A mon sens, ces ateliers doivent avant tout permettre à ces jeunes d’exister, de retrouver un peu confiance en eux et de mesurer le courage qu’ils ont eu à un moment de leur vie. Évidemment, ces ateliers participent aussi à la maîtrise et à la connaissance du français mais toujours dans une approche ludique et créative. Cette approche est souvent complémentaire des enseignements FLE dispensés d’ailleurs. Enfin, ces ateliers et je l’espère sincèrement, doivent permettre aux futurs visiteurs de la mission locale, aux partenaires des institutions sociales et aux spectateurs de la future exposition, de voir ces jeunes différemment et autrement que comme des jeunes sans papier. 

Dorisse : L’enjeu de ces ateliers BD étaient d’accompagner les jeunes participants dans l’écriture de leur histoire et leur parcours. Ne pas juste les écrire mais réussir à les partager en étant fiers du chemin qu’ils ont parcouru pour arriver ici. Le but étant qu’ils passent un bon moment lors de ces ateliers peu importe les difficultés avec la langue française ou non. Nous voulions qu’ils (re)prennent confiance en eux et leur démontrer qu’ils sont capables d’accomplir des choses si minimes soient-elles. 

Marc : L’enjeu de ces ateliers était double. Il s’agissait pour moi, de donner confiance aux participants et de les pousser à un résultat qu’ils n’auraient pas imaginé. Qu’ils soient fières d’eux. 

Pour toi, quel était le moment le plus marquant durant ces ateliers ? 

Amélie : Je crois que je n’ai pas un moment mais des moments ou peut-être un moment avec chaque jeune. Lorsqu’ils nous racontent leur histoire et qu’ils font de nous les témoins privilégiés d’un moment douloureux de leur vie. Ces ateliers ont permis de raconter des épisodes de leurs parcours migratoires, les histoires racontées étaient toutes très difficiles à entendre et à écrire. Pour autant, et ça n’engage que moi, j’ai été impressionnée par leur courage, leur maturité, leur recul et leur envie de vivre et je pense que c’est cette détermination qui m’a le plus marquée chez chacun d’eux. On ne se rend pas bien compte ce que ça veut dire fuir son pays, devoir être déraciné, perdre tout ce qu’on a toujours connu et traverser des épreuves dangereuses pour arriver dans un nouveau pays pour qui vous n’êtes qu’un sans papier de plus. J’ai beaucoup d’admiration pour ces jeunes. 

Dorisse : Plusieurs moments m’ont marqué durant ces ateliers en particulier ceux où les jeunes racontent leurs histoires et les atrocités auxquelles ils ont réussi à survivre. Lors de ces moments, il est très difficile de retenir ses larmes et de garder la face. Et surtout je me suis questionnée intérieurement, et je me demandais comment ces choses peuvent encore exister à notre ère. D’autres moments marquants sont les petites victoires accomplies quand ils réussissent à mettre sous forme de bande dessinée ce qu’ils ont vécu, voir qu’ils sont si concentrés et déterminés à présenter et partager leur histoire au monde. 

Marc : Le moment le plus marquant est celui ou la confiance s’installe, quand les participants commencent à se raconter dans leur « intimité ». il y a une forme de lâché prise car ils ne sont pas jugés.

Quelles étaient tes appréhensions avant de commencer ce cycle d’ateliers ? 

Amélie : Je me demandais si les ateliers, tels qu’ils avaient été conçus, auraient un réel impact pour ces jeunes. Pour nous, les porteurs de projet, cela nous paraissait évident mais si nous nous plaçons dans la peau de ces jeunes, est-ce que ce temps créatif et ces moments d’échange constituaient une priorité à ce moment précis de leur situation précaire ? Ma plus grande crainte était de ne pas être en adéquation avec leurs besoins réels et immédiats. 

Dorisse : J’avais surtout une crainte, ne pas réussir à les accompagner convenablement en raison de la barrière de la langue. Je n’avais pas peur de ne pas les comprendre mais j’avais peur qu’eux ne me comprennent pas et donc qu’on ne puisse pas raconter leur histoire selon leur vision. Tel était ma crainte, ne pas réussir à bien retranscrire leur parcours et également qu’ils aient peur de se confier car ce n’est pas toujours évident de partager sa vie personnelle avec des inconnus. Heureusement, un climat de confiance s’est rapidement installé et la barrière de la langue n’a pas été un frein. 

Marc : C’était de travailler, avec des personnes qui n’ont sûrement aucune culture BD, qui n’en n’ont jamais lu. Il me fallait aussi prendre en compte que la grande majorité avait très peu dessiné vu les moyens mis à leur disposition dans leur pays. La barrière de la langue pouvait aussi être un autre challenge…

Quel est ton ressenti après tous ces ateliers ? 

Amélie : Ces ateliers ont été bénéfiques pour tout le monde. Ils ont permis aux formateurs de la mission locale de voir ces jeunes de manière très différente. Nous avons d’ailleurs beaucoup de remarques positives sur le comportement des jeunes en atelier, sur leur implication, leur sérieux, leur assiduité et beaucoup de salariés ont souhaité venir voir de leurs yeux, ces jeunes en train de s’exprimer. Je pense que ces ateliers ont permis à ces jeunes de décharger un peu de leur fardeau, d’exprimer clairement qui ils sont et pourquoi ils sont ici et surtout, ils leur ont permis de voir qu’ils étaient capables de produire, de raconter et de créer dans cette nouvelle langue qu’est le français pour eux. Certains ont gagné en confiance. Enfin, il me semble évident que Marc, Dorisse et moi avons nous aussi beaucoup appris sur la manière d’accompagner ces jeunes dans l’écriture, dans la manière d’accueillir la parole et de la sublimer même lorsque les récits étaient dramatiques. C’est un des plus beau projet qu’il m’a été donné de mener depuis 6 ans au Labo des histoires. 

Dorisse : Durant ces ateliers, j’ai voulu me mettre à la place d’une amie à l’écoute. Aucun jugement. Seulement de l’écoute, de la compréhension et de l’empathie. Comprendre leur parcours, comprendre qui ils sont et à quoi ils aspirent plus tard car même avec autant de blessures ils ont encore des rêves/objectifs : devenir joueur professionnel de football, infirmier ou encore ingénieur électricien. Dans ces moments précis, on se sent impuissants. Cependant, je me suis aussi sentie utile et proche d’eux en leur permettant d’exprimer à travers des mots et des dessins leur parcours, leur histoire, leur vie. Également honorée qu’ils aient eu assez confiance en moi pour me raconter ce qu’ils ont affronté, c’est un côté vulnérable qu’ils ont osé nous dévoiler. Sans honte, sans peur mais avec beaucoup de maturité et d’humilité. 

Marc : J’ai impression, de leur avoir fait découvrir la France d’une autre manière, à travers la culture et la BD, de leur avoir fait du bien, de confirmer que l’art est un bon exutoire. J’ai aussi ressenti que les échanges ont été réciproques. C’était aussi l’occasion pour moi de me rendre compte de qui ils étaient vraiment.

Penses-tu que ces ateliers ont eu un impact sur les jeunes participants ? 

Amélie : Je l’espère sincèrement. J’espère que la bienveillance et l’envie de les accompagner dans ce travail créatif leur auront permis de se sentir écoutés et existés. 

Dorisse : Je pense que les ateliers ont eu un impact, je l’espère positif, sur les jeunes participants. Nombre d’entre eux étaient contents de revenir aux séances suivantes afin de continuer de raconter leur parcours, leur histoire, leur vie tout simplement et c’est très encourageant. 

Marc : Oui, il me semble que leur montrer de l’attention en mettant en image et en dialogue leur vie, leur a permis d’appréhender leur propre existence, à travers un travail introspectif. Leur apporter de la bienveillance leur a donné confiance en eux.

Quelques récits de nos participants :


A propos

Le Labo des histoires propose des ateliers d'écriture gratuits pour les jeunes de moins de 25 ans. Journalisme, scénario, écriture créative, B.D., poésie, chanson... Venez vous initier aux techniques d'écriture, écrire, imaginer, raconter de nouveaux mondes, de nouvelles histoires, de nouvelles aventures !



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