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Publié le 13 mai 2015 | par Labo Des Histoires

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Focus sur… l’atelier d’écriture créative du mardi 12 mai

Ce mardi 12 mai, l’écrivain et animateur Bernard Cabret a proposé aux laborantins parisiens l’écriture d’une histoire à quatre mains. Les participants de l’atelier d’écriture créative hebdomadaire du Labo devaient tout d’abord choisir parmi 16 premières phrases de romans pour écrire leur propre suite.

Leur partie écrite, ils l’ont ensuite passée à leur voisin de gauche pour que ce dernier la continue et la termine. Nous vous proposons de lire deux de ces productions à quatre mains, l’une sur les 400 coups de deux frères au collège et l’autre sur les contemplations métaphysiques d’un crabe !

+ Il valait mieux regarder ses pieds lorsque l’on faisait face à la sous-directrice, par Maxime Mathurin et Rosalie Sinsou

Maxime :

En effet, il valait mieux regarder ses pieds quand on lui faisait face, car elle nous fusillait d’un simple regard.

Mon frère et moi, on faisait les 400 coups au lycée. On n’en loupait pas une. Jamais à l’heure en cours, on se foutait de tout. Nos notes ne dépassaient jamais la moyenne. On savait que tôt ou tard, on finirait par la voir. Sauf qu’on en a vu tellement d’autres que c’était pas une grosse galère, jusqu’au jour où ça finit par arriver.

On la voit, le regard aussi noir que ses habits, le visage fermé, sa posture droite comme si elle était à l’armée. Mon frère et moi, on avait la chair de poule. D’un coup, les lumières s’éteignent d’un simple claquement de doigt de la sous-directrice. Elle a commencé à nous parler d’une voix sombre, si sombre qu’elle nous donnait des frissons dans le dos. Elle alluma une lampe qui n’éclairait que nous. On se croyait au milieu de nulle part, dans les ténèbres.

On était mal dans nos baskets, c’est sûr, mais on n’allait pas se laisser faire. Pour se donner du courage, je me disais qu’une fois qu’on aurait affronté ça, plus rien ne nous arrêterait. On serait comme des super-héros. C’était juste un mauvais moment à passer. Bref, rien d’insurmontable.

Rosalie :

« Enfin ! Vous vous croyez malins ? Dérouler tous les rouleaux de papier toilette dans les couloirs du collège !  Il ne faut vraiment rien avoir dans la tête, mes pauvres enfants ! »

Merde ! On allait se faire renvoyer à coup sûr ! J’ai toujours eu une intuition pour les renvois. Pour les trois derniers collèges, j’avais vu juste. Et maintenant, les parents allaient encore crier et nous priver de jeux-vidéos.

La sous-directrice reprit : « Bon, si vous vous engagez à tout nettoyer, je ne vous renvois pas et vous aurez seulement une quinzaine d’heures de retenue ! »

Je n’en croyais pas mes yeux. La terrible sous-directrice qui nous faisait une fleur ! Et à ce moment-là, mon frère fit une chose complètement folle. Il regarda la sous-directrice droit et il dit : « Non ». Non ! Il avait dit non à la sous-directrice, au dragon du collège ! Alors là, ça sentait le roussi, on allait se faire renvoyer c’est sûr. Je guettais les oreilles de la sous-directrice pour voir si de la fumée n’en sortait pas. Mais non, son visage était neutre et d’un coup, sa bouche forma ce qui ressemblait à un sourire.

Oui, c’est ça, la sous-directrice souriait ! « Très bien. Ça m’est égal. Vous serez donc renvoyé ainsi que votre frère. »

Et voilà, ça n’avait pas raté ! Je l’avais dit, j’avais toujours de l’instinct pour ces choses-là…

+ On aspirait le goût de la mer, par Louis-Alphonse de Molling et Charlotte Pocard

Louis-Alphonse :

On aspirait le goût de la mer en courant doucement sur la plage nue, jonchée de coquillages et d’autres roches éparses qu’il fallait éviter gracieusement de piétiner. L’iode sec semblait gifler son élan le long de sa course, rongeant sa peau de toutes parts, et dans cette violence on finissait par trouver une certaine aménité calme et jouissive. On ne s’arrêtait pas, jamais, comme si le temps était compté jusqu’à un point donné, et pourtant ce n’était ni une compétition, ni un loisir. Plutôt un devoir, dira-t-on, un besoin vital duquel on tirait quelque plaisir peu ou prou sémillant.

Voilà ce qu’elle me disait. Peut-être était-ce pour m’en encourager, au moment ou cela m’arriverait. Et pourtant, maintenant qu’était venu le temps de la ponte, je ne parvenais pas à ressentir toutes ces sensations. L’abandon des œufs sur la plage et le retour immédiat à l’océan me paraissait insane, immoral et pusillanime de notre part. La course effrénée que nous menions, nous, crabes, me laissait un goût d’insatisfaction, une impression d’un gâchis inquantifiable qui me déplaisait fortement.

Charlotte :

Si ma marche de quinconce me permettait un voyage presque ininterrompu, il me semblait déjà avoir vu toutes les plages tant étaient similaires les vagues tantôt grossièrement agressives et tantôt platement mortes, les étendues de sable vides, la saleté des fonds marins. A quoi bon alors parcourir cette vaste terre si dépourvue de la moindre diversité ? A quoi bon cette iniquité de la nature qui offre, pour elle en tous les cas, des sensations merveilleusement jouissives pour nous forcer soudain, comme par une étrange et incertaine limite de sa bonté et de sa générosité, à y renoncer si soudainement ? Et, sans avoir même pu contribuer à l’aide de ceux que nous avions à engendrer, comment distinguer un sens transcendant, inaltérable et absolu à notre existence ? Je ne pouvais que me désoler, crabe entre les crabes, de l’inanité futile de notre vie, que nous passions sans connaître le moindre élan de passion qui eût pu nous différencier de tous.

Elle avait beau tenter de me convaincre, de me décrire de pâles mirages en fait de réalité, je ne parvenais pas à me départir du sentiment de dégoût que j’éprouvais envers moi-même. Quelquefois je l’enviais de sa manière si simple, si plaisante d’envisager sa vie. Pour moi, je ne parvenais définitivement pas à m’y confronter. Cette dernière conclusion m’incita dès lors à envisager de m’exiler.

Mon départ fut pour moi la première jouissance de ma liberté. Que faire de ce choix troublant, absolu, et pourtant crucial pour mon futur ? Ma vie n’était plus qu’occasions, une fois libérée du joug impitoyable des conventions imposées par Dame Nature. Ma première résolution fut vite trouvée : fuir la plage honnie. Pour aller où ? Le cœur ne me manquait pas, pas plus que mon désir de connaissance ne me faisait défaut. J’entrepris donc de m’élever, au niveau des roches maculant tout un pan du cadre de mes anciennes pérégrinations. J’eu alors l’envie impromptue d’observer les étoiles, ce que je m’étais toujours interdit, craignant plus que tout le manque de temps. Qu’avais-je à présent, cependant, d’autre que le temps ?

La contemplation du spectacle sublime des fées scintillantes du ciel m’emporta dans une intense exaltation qui troubla mes sens et réveilla des désirs plus profondément encore enfouis en moi. Les astres étincelants semblaient m’enjoindre de les rejoindre avec acharnement. Je le valais bien, puisque tout m’était permis. Mon regard se mit à parcourir les lieux tandis que je m’acharnais à raisonner d’une machinerie qui m’eut permis de m’élever parmi les cieux.

C’est alors qu’elle parût. Imposante, puissante, gracieuse, dotée d’ailes immenses semblant emplir la nuit. Elle posa son grand œil calculateur sur moi et, divine apparition, se pencha en ma direction. Je frémissais d’excitation, bien que saisi d’un soupçon d’appréhension dû à son indolente présence, convaincue que j’étais de me trouver devant mon salut éternel. Son fin bec s’ouvrit alors largement, comme pour laisser s’échapper un chant merveilleux, et se referma soudainement sur moi, éteignant définitivement ma lumière.

Rendez-vous sur la page des inscriptions pour participer au prochain atelier !

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A propos

Le Labo des histoires propose des ateliers d'écriture gratuits pour les jeunes de moins de 25 ans. Journalisme, scénario, écriture créative, B.D., poésie, chanson... Venez vous initier aux techniques d'écriture, écrire, imaginer, raconter de nouveaux mondes, de nouvelles histoires, de nouvelles aventures !



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