Comme si vous y étiez

Publié le 12 février 2015 | par Labo Des Histoires

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Découvrez l’atelier d’écriture créative du mardi 10 février !

Ce mardi 10 février, j’ai assisté pour la première fois à un atelier d’écriture créative au Labo des histoires. J’étais impatiente de découvrir ce qui allait être proposé.

Bernard Cabret, après nous avoir accueillis, nous a entraînés dans le monde de la poésie. Il nous a tout d’abord lu un poème de Guillaume Apollinaire, Il y a. Nous devions ensuite écrire un texte et y lister tout ce qui se trouvait dans nos vies, en reprenant l’anaphore de « Il y a » à chaque début de phrases, en un temps donné. Après quelques minutes – je ne saurais dire combien – nous avons chacun lu notre texte. A partir d’une même consigne, les résultats étaient très divers ! Bernard faisait à chacun un petit commentaire, mettant en valeur les qualités de nos modestes écrits. Chez moi, il y a eu beaucoup de familles…

Il y a une maison au fond d’une allée de graviers

Il y une classe aux moments oubliés

Il y a une pluie abondante et risible

Il y a une famille perdue entre ces gouttes

Il y a une mer, un soleil, une « rambla »

Il y a une ombre aux souvenirs étincelants

Il y a des pages blanches, ou à moitié noircies

Il y a des jeux plus ou moins stratégiques

Il y a des passions, des espoirs, des abandons

Il y a deux frères que je ne peux décrire

Il y a des photos, infimes traces du passé

Il y a une famille, loin derrière l’océan

Il y a des souvenirs, des larmes, des tendresses

Il y a des rêves ensommeillés ou réveillés

Il y a des soutiens, des épaules, des mains

Il y a des discussions, des folies, des inventions

Il y a une fleur, devenue pseudo-sœur

Il y a des peintures, lentement nées

Il y a des découvertes, des rencontres qui me font avancer

Il y a des parents que je ne fais qu’aimer

Il y a une maison, coffret de mon enfance

Il y a une famille, qui est bien plus que ce qu’on pense

De l’inventivité

Bernard nous a ensuite lu un extrait de Je voudrais pas crever de Boris Vian, qui liste dans ce poème les choses qu’il ne voudrait pas manquer avant de mourir. Nous avons alors également fait l’inventaire des inventions que nous aimerions découvrir avant de mourir. Une nouvelle fois, nous avons lu notre texte, les uns après les autres, s’émerveillant devant l’inventivité de chacun qui avait interprété la consigne à sa façon.

Je ne voudrais pas mourir avant qu’on ait inventé…

Les souvenirs de poche,

L’inspiration en bouteille,

Les bulles de nostalgie,

Le soleil en Normandie.

Je ne voudrais pas mourir avant qu’on ait inventé…

Les rivières à l’envers,

Le tissage des rêves,

Les pensées certifiées normales,

La vérité internationale.

Je ne voudrais pas mourir avant qu’on ait inventé…

Les questions jamais indiscrètes,

Le vaccin d’espoir concentré,

Les larmes en liqueur,

L’avion plus rapide que les heures.

Des productions différentes à partir d’une même contrainte

Enfin, à la manière de Sei Shonagon, une auteure japonaise, nous devions écrire un inventaire heureux des saisons, décrivant les éléments de chacune des saisons en adoptant un point de vue plutôt positif. Ayant dû partir plus tôt – le RER oblige –, je n’ai pu écouter les autres lire leur texte, ni leur lire le mien, qui était, je crois, un peu hors sujet…

Le printemps ouvre le bal. Premier mouvement de gaieté qui marque la naissance et, déjà, la renaissance. Les fleurs s’apprêtent, se préparent et seront bientôt prêtes ; elles perfectionnent leur corolle et composent leur parfum. Elles se dévoileront, mais, orgueilleuses, préfèrent les coulisses pour se pomponner et apparaître plus tard, simulant une pure beauté naturelle. Les oiseaux, connaissant leur spectacle, se moquent d’elles, en chantant ; cependant, eux aussi s’appliquent à soigner leur plumage, seule arme de la guerre du charme. Tous se font beaux avant d’entrer en scène. Mais, déjà, les arbres sont tous verts, les verts tous éclatants, le soleil reluisant, les rayons caressants, le deuxième temps pressant.

Alors, le mouvement s’accélère pour débuter la danse à l’heure. Le rideau de fraîcheur se lève et l’été prend la relève. Second mouvement, d’excitation pure. Mille couleurs explosent et peignent le monde. Le soleil et la lune dictent le rythme et le décor : une voûte azur tachetée de blanc pour l’un, une noire aux cristaux étincelants pour l’autre. En l’honneur de ces deux metteurs en scène appliqués, les vagues, les grillons, l’orage et tant d’autres ont composé une belle mais étrange musique.

Et puisque toutes les vagues se cassent un jour, puisque tous les grillons s’endorment une nuit, puisque tous les orages se taisent enfin, l’automne entame le troisième mouvement, échos du précédent. Les pas sont plus rapides, pressés de terminer leur danse avant le bouquet final. Le bouquet de flammes. Car soudain, tout s’embrase : ce sont les branches qui se voilent de feuilles d’or, la mer qui reflète le sang, le soleil qui se teinte de fauve. Tous les êtres, apeurés, fuient, se terrent ou se ferment sur eux-mêmes, laissant la terre vide, esseulée. Froide.

C’est le temps de l’hiver, qui termine le mouvement. Il tire un rideau de froideur et  tapisse la scène de velours blanc alors qu’une myriade d’étoiles laiteuses tombe du ciel en un ballet désordonné. Tout s’est tu. Le monde est plongé dans la torpeur qui succède la fête. Tout est mort. Le monde est fissuré par le feu qui l’a dévasté. La scène se vide dans une douce mélancolie. Mais tendez l’oreille, sous le silence léthargique, un léger fourmillement sourd des coulisses, promesse d’un prochain spectacle. Imminent.

De toutes cendres renaît la vie.

Et le printemps sourit.

Je suis sincèrement ravie de cet atelier d‘écriture qui m’a permis d’ouvrir mon imagination et d’écrire sur des thèmes nouveaux, sur lesquels je n’aurais, sinon, jamais travaillé. Cela m’a notamment permis de m’exercer à l’écriture de textes poétiques à la forme très libre. De plus, il est très intéressant de voir à quel point nous créons des textes différents à partir d’une même contrainte. Enfin, cela nous permet de découvrir des auteurs reconnus, comme d’autres qui s’ignorent encore !

 

Clara, 15 ans, stagiaire au Labo des histoires

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A propos

Le Labo des histoires propose des ateliers d'écriture gratuits pour les jeunes de moins de 25 ans. Journalisme, scénario, écriture créative, B.D., poésie, chanson... Venez vous initier aux techniques d'écriture, écrire, imaginer, raconter de nouveaux mondes, de nouvelles histoires, de nouvelles aventures !



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