Comme si vous y étiez

Publié le 25 juin 2015 | par Labo Des Histoires

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Comme si vous y étiez : un invité de marque au Labo le mardi 23 juin

Nous étions nombreux ce mardi 23 juin, malgré une période d’examens, à participer à l’atelier exceptionnellement animé par David Di Bella.

Nous avons débuté cet atelier, en commençant par écrire, de manière spontanée, trois titres de film imaginaires. Ceux-ci vous donnent-ils envie d’aller au cinéma ?

« La caresse de l’orchidée », « Dernier voyage », « Derrière le rétroviseur », « Quand la nuit parle au jour », « La fille qui peignait des oiseaux », « La journée des hortensias, « Malheureusement vôtre », « La gorge à vif », « Du bout des doigts », « Je te hais, tu le sais bien », « Parle-moi du futur », « L’odeur de l’asphalte », « Bouquet final ».

Ensuite, David nous a demandé de repenser à tous les endroits où nous avions dormi. Mais pas n’importe quels endroits… seulement les plus insolites. Dans un train-couchette, sous une tente, sur un hydravion, dans un étrange hôtel ? Des lieux peu communs, nous inspirant différents textes, dans lesquels il fallait tenter de placer un de nos titres de film ! Nous avons commencé à écrire puis avons chacun lu le début de notre texte afin de découvrir les différentes atmosphères que nous avions créées… Qu’allait-il se passer ensuite ? Le suspense était à son comble… Nous nous sommes remis à nos écrits.

Mais, que se passe-t-il ? Nous entendons des pas dans l’escalier, un léger bruit qui nous sort de notre lieu insolite. Nous levons la tête, et restons cois. Entre… Philippe Grimbert, auteur du célèbre roman Un Secret. Quelle surprise ! Curieux, Philippe Grimbert nous a posé plusieurs questions sur les ateliers d’écriture, sur nos hypothétiques futurs projets d’écriture, sur notre découverte du Labo… Enfin, une laborantine a réussi à poser la question qui, je pense, nous taraudait tous : « Pourriez-vous nous donner certains conseils ? » Nous avions un spécialiste devant nous, autant en profiter, non ? Philippe Grimbert nous a donc livré quelques conseils, tirés de son expérience personnelle, pour notre plus grand bonheur. Il s’est ensuite retiré, après nous avoir rappelé que nous avions une chance incommensurable d’avoir le désir d’écrire et de pouvoir développer notre écriture dans ces ateliers.

C’est avec une nouvelle motivation que nous avons terminé notre texte, essayant de filer de bout en bout une courte histoire, que nous avons finalement partagée avec les autres. Nous avons ainsi voyagé dans différents endroits quelque peu singuliers… Laissez-moi vous inviter à y faire un tour…

+ Texte d’Annabelle

Un chemin serpente tout en haut de la montagne où se tient timidement un temple. On le rejoint, portant sur notre dos la fatigue de la journée. Nos pieds sont parsemés d’ampoules, notre gorge est à vif dû aux bourrasques de vent qu’on s’est mangées sans arrêt. Mais arrivés au temple tout se calme. On s’assoit sur le bord du sentier, la pierre est douce, nos pieds pendent dans le vide. On écoute. Certains oiseaux osent rompre le silence. La nuit est profonde et se pose sur notre tête comme un plafond trop bas. Au bout de mes pieds, je vois quelques points de lumière, celle des fenêtres d’une maison d’en bas. La seule de la montagne. La vie s’agite là-dedans, tandis qu’autour s’étendent les champs arides. Je me sens perdue dans ce paysage, insecte du désert, fourmi, puceron. Je détourne le regard, prise de vertige et je vois le temple. Une masse de pierre parmi les pierres, sculpté par l’homme et fendu en son centre d’une porte en bois. Il est majestueux, il nous protège. 

Gardien des montagnes, ce soir on dort sur ton épaule.

+ Texte de Clara (une deuxième !)

Sur un brancard d’hôpital, d’un sommeil naturel, seulement déclenché par le calmant léger qu’on m’avait injecté. Lorsque l’infirmière a lâché mon bras, j’ai juste eu le temps de penser « Ma peau chauffe et picote. Je vais regarder la lampe du plafond. »

Ce que j’ai fait. Réflexe d’une parfaite inutilité puisque la dernière fois que je me suis trouvée à cet endroit, j’ai exploré tous les détails du plafond pendant une heure et quart. Un monde fascinant, le plafond. On ne pense jamais à l’observer, sauf quand on est allongé.

Des carrés, un morceau de faux-plafond un peu déboîté, encore des carrés, des ombres, des lampes. J’ai donc posé les yeux sur cette lampe qui dispensait une lumière blanche très vive, une lumière d’hôpital. J’ai cligné des yeux alors que la chaleur et les picotements se faisaient plus insistants. Un infirmier parlait à côté de moi mais ses paroles se sont faites indistinctes et la seconde suivante, je n’ai plus vu que du noir. Je ne sentais plus mon corps.

J’ai fait un rêve de personnages noirs sur fond noir.

Et puis aussi brutalement, je me suis réveillée face à une lumière d’hôpital. Première pensée : « Je pète la forme. », comme après une nuit de sommeil réparateur. Puis j’ai regardé le plafond, encore. C’était un autre plafond.

« C’est bon ? On va commencer l’opération », a prévenu le chirurgien.

Quand j’ai réalisé que je n’avais dormi que dix minutes, je me suis sentie immensément fatiguée. On m’a ramenée dans la salle où je m’étais endormie mais mon brancard était dans l’autre sens. J’ai levé les yeux et… c’était un autre plafond. Les ombres dans l’autre sens, les carrés toujours carrés mais plus tout-à-fait pareils puisque la dalle déboîtée était désormais à gauche. L’infirmier parlait toujours. Il m’a raconté que dans mon sommeil, j’ai grimacé de douleur lorsque la seringue de l’anesthésiste a piqué ma peau.

Je ne sais pas si c’est vrai. La piqûre faisait peut-être partie de mon rêve en noir sur fond noir mais je ne l’ai pas vue.

Je continue à me demander ce qu’il s’est passé pendant mon sommeil. D’autres patients sont-ils arrivés ? Repartis ? Réveillés ? Combien ont regardé le plafond et sa lumière blanche ? S’ils ne se sont pas endormis trop vite, ils l’ont forcément fait. Sous un autre angle que moi, une infinité de gens en blouse d’hôpital a vu une infinité de plafonds différents dans une unique pièce. La magie du plafond d’hôpital…

+ Texte de Gabrielle

Camping sauvage en Corse. Dans une tente accrochée à une montagne nous dormons, mon père, ma sœur et moi. En descendant quelques mètres nous sommes au bord d’une mer idéale pour piquer une tête avant le petit déjeuner. Le parfum du myrte embaume l’atmosphère. Le seul bruit est celui des cigales, musique qui donne le la pour des vacances parfaites. Parfaites, seulement pour notre père. Un tout autre tableau apparaissait sous nos yeux. Des insectes agressifs, des bosquets piquants qu’il fallait traverser pour attendre quelques rochers plongeant dans une mer envahie par les oursins. Pour mon père, les vacances idéales, farniente et solitude. Pour nous, un champ de bataille, la moindre piqure devenant une blessure de guerre. Pas moyen de déserter, le général veillait au grain. Toutes nos propositions de rejoindre la civilisation se soldaient par de cuisants échecs et étaient punis, non pas d’une exécution sommaire – qui aurait été préférable – mais d’une magnifique marche de 3 heures dans la garrigue. « Comme le paysage est magnifique » répétait mon père.

La nuit, la vigilance du général se relâchait. C’était à ses seconds de prendre le relais. Une terrible garnison de cochons sauvages remuait la terre de leurs museaux humides toute la nuit. Il n’y avait aucune échappatoire. A bout de force, ma sœur et moi décidâmes de s’allier. Un soir, nous prîmes notre courage à deux mains et décidâmes de tenter une manœuvre frontale contre les cochons sauvages. Le nom de l’opération, Hortensia, décidé à l’avance, nous donnait le courage nécessaire pour affronter ces hordes sauvages. « Fuyez, hordes infâmes ! Nous n’avons plus peur de vous ! C’est à vous de trembler dans vos lits en entendant notre nom ! »

Cette bataille restera à jamais gravée dans mon cœur. Les livres d’Histoire appelleront cette bataille « La journée des hortensias ».

+ Texte de Maxime

 J’étais dans le tramway, un rendez-vous galant m’attendait.

J’étais prêt, j’avais tout préparé, car avec cette fille j’avais une chance inespérée.

Arrivé à la station je pris le métro, histoire d’avoir un peu d’avance ou d’arriver trop tôt.

Arrivé à une station le métro s’arrêta, je sortis du wagon et, voulant voir le cadavre, je me retournai.

Et c’est là que je l’aperçois, en voyant son corps je refusais d’y croire.

Je sentis monter en moi la rage, même si j’avais compris que c’était son dernier voyage.

Ce jour-là jamais mon cœur a eu autant mal, et j’ai jeté sur son corps le bouquet final.

Je sortis du métro rempli de mélancolie, car ma bien-aimée s’en était allée avec mon cœur et mes envies de folie.

C’est à ce moment-là que je me suis dit :

« Est-ce que l’amour existe en ce monde ? Parce que j’ai l’impression que c’est la triste réalité qui me succombe. »

Et je compris que c’est un monde fou dans lequel on vit.

+ Texte d’Elisabeth

(A bord d’un hydravion)

Je n’avais jamais dormi, je pense, d’un sommeil aussi paisible. C’était comme s’assoupir au cours d’une danse, aussi rythmée, aussi sonore, et pour laquelle en fait de pas, le roulis succédait au tangage, et le tangage au roulis. La couchette, si exiguë que dormir de côté n’avait pas été envisageable, procurait à mon esprit le luxe de ne penser qu’à très peu de choses à la fois.

Bientôt, il me fallut sortir pour me rendre aux toilettes. Dans l’effort inouï de ne réveiller personne, je m’extirpai de ma boîte d’allumettes, encaissant en silence plusieurs coups à la tête suivis d’une chute misérable de mon échelle, à quelques centimètres seulement du sol. Titubante mais victorieuse, j’ouvris la porte : une nuit rougeoyante m’enveloppa.

+ Texte de Gabriel

C’était un grand campement, avec des hectares de tentes. Un coin de brousse absolument paumé, où l’on était tenu éloigné de l’odeur de l’asphalte. Un joyeux groupe de jeunes, où l’on se couchait toujours à minuit passé et où l’on se débarrassait des araignées, des fourmis, des moustiques, à coup de déo, ce qui rendait l’atmosphère plus ou moins irrespirable. En un mot, tout était pour le mieux, jusqu’à 3h46 du matin, la nuit du samedi au dimanche.

A ce moment-là, la nuit fut déchirée par une longue plainte horrible. Un cri affreux, bien au-delà de ce que représente une craie crissant sur un sombre tableau noir. C’était comme si la peur avait eu une voix et qu’elle s’était mise à hurler. Il y eu une pause, durant laquelle l’ensemble du campement se leva et se précipita dans le froid mordant d’une nuit pluvieuse. Puis cette nuit pluvieuse fut à nouveau transpercée par la même plainte. Je me rendis compte qu’elle provenait de la tente qui jouxtait la mienne ; Les gens les plus proches – moi y compris – s’y précipitèrent pour essayer de comprendre la cause du hurlement. Il faisait sombre et nous avions du mal à voir. L’un de nous alluma alors sa lampe de poche. Une fille se tordait sur le sol en roulant des yeux. Mon meilleur ami nous fit remarquer qu’une forme étrangère à la fille en question se mouvait à l’intérieur du sac de couchage. Une chose fine et étirée, qui semblait cylindrique et qui se déplaçait lentement, d’une manière fluide. La voisine de cette fille ouvrit le sac de couchage d’un coup sec, et tous ceux présents virent le monstre.

Je sortis d’un pas tranquille pour éclairer les autres, qui étaient restés à l’extérieur. « Allez-vous rendormir », puis après quelques instants de silence : « C’était une limace. »

+ Texte de moi-même (Clara)

« El hotel del Diablo ». Le nom annonçait la couleur. Petit hôtel perdu sur une côte méconnue d’Uruguay. L’ambiance était pourtant loin d’être sordide : la mer, d’un bleu profond, miroitait, le sable fin dorait au soleil qui brillait de mille feux et le roulis des vagues nous berçait, ma mère et moi. Beau tableau, non ? Sauf qu’il y avait ces volets cassés qui claquaient au vent, ce mur qui ne montait pas jusqu’au plafond. Manque d’intimité dans un hôtel un brin délabré ? Très rassurant…

Epuisées par notre long voyage, ma mère et moi nous étions couchées dans des lits qui craquaient à chacun de nos mouvements, et avions essayé de dormir, avions essayé d’oublier ce mur un peu trop bas, ces volets un peu trop bruyants…

Le lendemain matin, après une trop courte nuit de sommeil agité, en ouvrant le seul volet resté accroché, je découvris la magnifique piscine de l’hôtel… La surface étale d’une eau calme et d’une couleur… plutôt singulière… Marron. On pourrait essayer de trouver de plus jolies termes, terre de sienne brûlée, acajou, terre d’ombre, la couleur resterait la même : marron. Appétissant ? Je compris rapidement pourquoi l’hôtel ne se vantait pas de sa piscine, pourquoi aucune des chaises longues n’était occupée. Je parcourus du regard le bassin et me figeai dans un rictus d’effroi.

-Maman, dis-je d’une voix ténue, il y a un iguane à côté de la piscine.

-Qu’est-ce que tu dis ? me demanda ma mère en sortant la tête de la salle de bain.

-Il y a un iguane à côté de la piscine ! répétai-je, plus fort.

-Quoi ?! s’exclama-t-elle.

Elle s’approcha de la fenêtre et découvrit avec horreur cet animal, énorme, aux écailles sombres et lumineuses, jonglant avec les rayons du soleil. Absolument immobile. La tête haute, il avait la posture fière d’un maître absolu. Mais pas un seul souffle de vie ne semblait l’animer. Nous le fixâmes une minute, puis ma mère, toujours très rationnelle, demanda :

-Ce ne serait pas une statue ?

-Possible, répondis-je, cherchant avant tout à me rassurer…

Nous nous détournâmes finalement de cet étrange iguane et sortîmes de l’hôtel.

Le soir venu, en rentrant d’une belle promenade, l’image de l’iguane me revint soudainement à l’esprit et je retournai à la fenêtre, espérant le retrouver au même emplacement, dans la même position. Ce devait être une statue ! Je détaillai chaque recoin de la piscine…

-Maman, annonçai-je avec une pointe d’inquiétude dans la voix, je crois que c’était un véritable iguane… Il n’est plus là, il a bougé !

Ma mère vint vérifier de ses propres yeux, puis nous descendîmes à la réception et ma mère prévint le personnel que nous avions vu un iguane près de la piscine. Une dame lui répondit dans un sourire éblouissant qu’il s’agissait de Leo et que c’était tout à fait normal. Nous remontâmes à pas lents dans notre chambre, interloquées. Un gigantesque iguane avait élu domicile dans la piscine de l’hôtel, le personnel lui avait donné un joli petit nom et c’était normal ? Bien sûr ! Le regard perdu dans le vide, je me demandais où nous avions atterri. Dans le repère secret d’une étrange secte ? Peut-être aurions-nous pu rejoindre ses membres, participer à leurs réunions, partager leurs substances, chanter leurs cantiques et quand la nuit parle au jour bénir avec eux notre idole écaillée Leo ! Pourquoi pas ?

Je m’écroulai sur mon lit et fermai les yeux.

Demain, demain nous pourrions partir.

Ma mère éteignit la lumière.

Pour l’instant, il fallait dormir… du moins essayer.

Dormir avec nos volets brisés, nos murs inachevés et notre iguane préféré…

Dormir.

Nous avons donc conclu ce bel atelier par un moment de lecture et d’échange, commentant chacun de nos textes.

Merci au Labo de nous avoir encore une fois permis d’écrire, de profiter de la chance que nous avons d’avoir cette envie d’écrire, et de découvrir – ou de redécouvrir – encore une fois le plaisir d’écrire !

Clara, 15 ans, laborantine en stage au Labo des histoires


A propos

Le Labo des histoires propose des ateliers d'écriture gratuits pour les jeunes de moins de 25 ans. Journalisme, scénario, écriture créative, B.D., poésie, chanson... Venez vous initier aux techniques d'écriture, écrire, imaginer, raconter de nouveaux mondes, de nouvelles histoires, de nouvelles aventures !



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