Comme si vous y étiez

Publié le 12 mars 2015 | par Labo Des Histoires

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Comme si vous y étiez : un atelier d’écriture avec Paul Fournel

Jeudi 5 mars, Paul Fournel, écrivain et président de l’OuLiPo, a animé un atelier spécial dans le cadre du cycle d’écriture sous contraintes se déroulant tous les jeudis soir au Labo des histoires. Ce soir-là, nous étions neuf participants d’une moyenne d’âge oscillant entre 18 et 25 ans. Deux garçons et sept filles sont venus se frotter au jeu de l’écriture avec contraintes, principe fondateur et stimulant du mouvement oulipien.

Un peu intimidés, mais plein d’élan et de curiosité, nous nous plions avec enthousiasme à la première contrainte énoncée :

 

« Composer un texte comportant l’ensemble des mots suivants :

 

 – Lionne
– Livre
– Ephémère
– Papillon
– Stylo
– Pamplemousse
– Haleter
– Brillant
– Pétillant
– Vert
– Lecture
»

 

Suivent vingt minutes d’écriture concentrée et presque autant à lire ce que chacun a bien pu imaginer.
Les textes sont riches, denses, alertes, imaginatifs, tous rythmés par les mots de cette liste bien respectée.
Et Paul Fournel, justement, de nous le faire remarquer et d’éveiller ainsi notre regard sur la manière de manier une contrainte pour faire surgir la créativité :

« La contrainte peut être assimilée telle quelle ou bien détournée. Elle peut prendre le pouvoir mais nous pouvons écrire avec ou contre la contrainte. Les mots ont souvent été présentés dans leur ordre d’apparition initiale mais nous aurions également pu les présenter autrement. «

De la violence à la nostalgie

Deuxième proposition d’écriture sous contrainte.

« Ecrire un texte commençant par :
Deux hommes entrèrent dans la pièce…
Et finissant par :
Dehors, il faisait soleil. »

A la lecture des textes, on ressent souvent une tension, une intensité, presque une violence palpable.

Aussitôt, Paul Fournel nous propose d’écrire à la suite un nouveau texte sur le même principe en modifiant le début et la fin par :
« Les deux femmes entrèrent dans la pièce… dehors il pleuvait »

 

Surgissent alors des textes souvent empreint de nostalgie, de tristesse, deux textes évoquent le deuil…

« Il faut savoir ne pas écrire ce que l’on va écrire »  suggère l’écrivain. L’écriture oulipienne révèle et dévoile nos propres idées préconçues face à un type de situation. « L’image de deux hommes dans une pièce insinue souvent qu’il y en a un de trop, d’où, souvent, des textes porteurs de violence. A l’inverse, deux femmes dans une pièce alors qu’il pleut dehors suggère déjà l’idée de refuge. » Une contrainte qui nous apprend à mieux reconnaître les codes pour savoir en jouer…

Mon texte en est la parfaite illustration :

« Les deux femmes entrèrent dans la pièce. C’était la même, identique à celle qu’elles avaient laissé vivre dans leur souvenir. Rien n’avait été bougé, déplacé, remplacé. Tout avait été laissé en état. Un état de désarroi. Cette pièce respirait le désarroi. Elles n’avaient jamais pu s’y habituer. Elles l’avaient fui rapidement avant d’en mourir asphyxiées. A présent, elles respiraient à nouveau cet air saturé de chagrin et d’anxiété. Il leur fallait une dernière fois s’y plonger. Elles décidèrent d’ouvrir les fenêtres avant de commencer. Dehors, il pleuvait. »

La contrainte inspire

Il reste encore un peu de temps. Paul Fournel nous propose la composition d’une sextine, forme poétique dont les mots en fin de vers restent les mêmes, mais répartis selon un ordre différent :

a b c – c a b – b c a

Une contrainte qui nous confronte au problème de la répétition et donne l’occasion à Paul Fournel de nous donner quelques astuces pour l’éviter.

L’atelier se termine par un homosyntaxisme ou composer un texte en respectant la contrainte suivante :

NNNVANNVVNVVANNNVANN

N = Nom
V = Verbe
A = Adjectif

Le temps me manque mais la contrainte m’inspire, voici le début de mon homosyntaxisme qui illustre à merveille mon état d’esprit à la fin de cet atelier d’écriture aussi riche d’enseignement que de plaisir pris à jouer avec les mots. Chacun, autour de la table, semble en avoir pris autant.

« Paris, le vin, la nuit se conjuguent élégamment,
Le train, le matin, se déplacer et travailler le lendemain… 
»

Frédérique Kuttler, animatrice d’ateliers au Labo des histoires

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A propos

Le Labo des histoires propose des ateliers d'écriture gratuits pour les jeunes de moins de 25 ans. Journalisme, scénario, écriture créative, B.D., poésie, chanson... Venez vous initier aux techniques d'écriture, écrire, imaginer, raconter de nouveaux mondes, de nouvelles histoires, de nouvelles aventures !



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