Comme si vous y étiez

Publié le 30 juin 2015 | par Labo Des Histoires

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Comme si vous y étiez : rencontre avec Nick Hornby

Mercredi 17 juin, la Maison de la Poésie accueillait Nick Hornby, dans le cadre de son tandem Paris – London et en partenariat avec Le Labo des histoires. La rencontre, animée par Alexandre Fillon et ponctuée de lectures de Raphaëlle Saudinos, a permis de revenir sur le parcours de l’auteur et de questionner son rapport à l’écriture.

Funny Girl : c’est le titre du prochain roman de Nick Hornby, à paraître le 20 août, chez Stock. A l’occasion de la promotion de cette huitième publication, l’auteur et scénariste anglais est revenu sur ce qui a marqué sa carrière et l’a conduit au rang de romancier culte outre-manche. Connu aujourd’hui pour ses romans (Haute fidélité, À propos d’un gamin, Carton jaune…), l’auteur s’est également affirmé comme scénariste de talent (avec Une éducation en 2009 et plus récemment, Wild). Il est aussi le créateur du Ministry of Stories, école d’écriture basée à Londres, qui a inspiré la création du Labo des histoires à Paris.

Écrire l’expérience quotidienne

Avant de connaître le succès avec Carton jaune en 1992, Nick Hornby ne se pressentait pas auteur de fiction. Face aux auteurs érigés en modèles lors de ses études universitaires, il s’essaie timidement à l’écriture d’un script. Mais au milieu des années 80, la lecture d’auteurs contemporains, dont l’écriture est plus proche de l’expérience quotidienne des gens, lui permet de croire en son potentiel et de se révéler en tant qu’auteur. Fan de football et de l’équipe Arsenal – avec laquelle il explique entretenir une relation douce-amer, à la manière d’une relation amoureuse conflictuelle – il se rend compte que les rendez-vous sportifs sont intimement liés à l’histoire personnelle et aux souvenirs des spectateurs. Il décide alors de donner une autre vision des matchs de football et c’est ainsi que naît son premier roman.

En France, Nick Hornby se fait connaître il y a vingt ans avec Haute fidélité. Alors interpellé par le fait que très peu d’hommes écrivent à propos des relations amoureuses, il débute l’écriture de son roman. C’est en se posant la question du métier de son personnage principal que l’auteur, passionné de musique – il est également critique musical – ancre son récit dans une boutique de disques. Quand on lui demande s’il a déjà songé à écrire la suite de ce best-seller, l’auteur s’interroge : que serait devenu son personnage dans un monde où la majorité des disquaires ont dû cesser leur activité ? L’auteur analyse justement que notre façon d’écouter la musique et de la consommer a foncièrement changé. Lui-même confie avoir radicalement changé ses habitudes musicales en expérimentant davantage grâce aux plateformes d’écoute en ligne.

De la page à l’écran

Après plus de vingt années passées à coucher sur le papier romans, essais et scénarios, Nick Hornby confie qu’écrire demeure malgré tout difficile. S’il est heureux de voir un livre publié, apprécier le processus d’écriture est compliqué pour l’auteur qui avoue se déconcentrer facilement. Il raconte – non sans humour – avoir téléchargé une application qui lui permet de bloquer son accès à Internet…  afin de se libérer de la consultation frénétique de mails et de la tentation d’être constamment connecté. Dans son bureau, qu’il a volontairement souhaité séparé de son domicile, il s’astreint à écrire au moins 1 000 mots par jour. Et si écrire passe pour Nick Hornby par une forme de discipline, c’est d’autant plus vrai depuis qu’il partage sa plume entre littérature et cinéma.

En 2009, sa première expérience en tant que scénariste, pour le film Une éducation, a été couronnée de succès : nominé aux oscars pour son scénario, le film a été applaudi par la critique. Nick Hornby en parle aujourd’hui comme d’une « grande expérience ». Grande, car elle a demandé à l’auteur du temps et une implication nouvelle – notamment pour réunir l’argent nécessaire à la réalisation du projet. Grande, aussi, car elle s’est révélée être une expérience humaine très riche : sa rencontre avec l’actrice Carrey Mulligan a été très frappante et sa femme, productrice du film, a de fait partagé l’aventure avec lui. Croiser littérature et cinéma lui demande dès lors énormément d’énergie et l’auteur confie avoir envie de se concentrer pour l’heure à l’écriture scénaristique, qui suscite un intérêt différent chez lui. Interrogé sur l’influence du cinéma dans son écriture, Nick Hornby explique qu’écrire pour le grand écran, tout comme voir certains de ses livres adaptés en films, ne change en rien sa façon d’appréhender l’écriture romanesque.

Funny Girl : le petit écran en question

Funny Girl, s’il est roman, convoque toutefois la culture populaire – chère à l’auteur – du petit écran des 60’s, en campant une héroïne élue reine de beauté mais rêvant de faire rire le public. Nick Hornby explique que l’écriture de Funny Girl part d’une interrogation : celle de la sous-représentation des femmes en tant que comiques, particulièrement dans les années 60. Il évoque d’ailleurs une remarque de l’actrice Rosamund Pyke – amie de l’auteur depuis le tournage de Une éducation – qui se demandait pourquoi personne ne lui laissait le droit d’être drôle. Interpellé par cette question, Nick Hornby a décidé de raconter les aventures de Barbara en s’inspirant de ses souvenirs télévisuels de son enfance à la fin des années 60 et en se plongeant dans des archives via Internet. L’auteur explique que c’est « l’absence » d’un tel personnage féminin dans l’univers télévisé de l’époque qui l’a inspiré : il a souhaité donner à son héroïne la place qui aurait pu alors revenir à une femme comique.

Nourri de son expérience avec le cinéma, Nick Hornby continue, comme à ses débuts, de se passionner pour les auteurs contemporains et confie qu’il aime découvrir en permanence de nouvelles œuvres… Comme lorsqu’il demande à ses contacts sur Facebook « Quel est le meilleur livre que je n’ai jamais lu ? ». Il explique d’ailleurs que les auteurs croisés au cours d’une vie forgent nécessairement une personnalité littéraire. Passionné à ses débuts par l’auteure américaine Anne Tyler, Nick Hornby s’est néanmoins construit en tant qu’écrivain d’une façon radicalement différente. Inspirant à son tour les auteurs en devenir, lorsque les questions fusent au sein du public, il conseille de ne jamais abandonner un texte, car il est toujours possible de revenir au moment où l’on s’est trompé de direction… Même s’il s’agit de la première page. De son côté, l’écriture de roman attendra que ses activités de scénariste s’apaisent. Mais comme il le dit lui même, il est très difficile refuser des projets qu’il a longtemps rêvé de réaliser. L’auteur, admiré et célébré, n’en demeure pas moins humble et semble s’émerveiller encore du pouvoir d’un texte sur la vie d’un homme.

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A propos

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