Comme si vous y étiez

Publié le 28 novembre 2013 | par Labo Des Histoires

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Comme si vous y étiez: Master Class avec Anne-Laure Bondoux

En attendant la prochaine Master Class avec Alexandre Jardin,  voici un petit retour sur les écrits de la Master Class avec Anne-Laure Bondoux du 16 novembre.

Rappel du déroulement en quelques lignes: après une heure (trop courte!) de discussion avec l’auteure autour de son univers et de son expérience d’écrivain, le groupe s’est retrouvé dans notre atelier pour une heure de création littéraire. Cette fois-ci, nous vous avons proposé de reprendre une thématique récurrente aux romans d’Anne-Laure Bondoux: celle d’une rencontre marquante qui change la vie d’un personnage clé de l’intrigue…  Et pour raconter cette rencontre, le format qui vous a été imposé était celui de la lettre.

Voici un petit aperçu de ce que cela peut donner:

+ Adelaïde

A mon ami M.Valmont, de ton ami Charles Il me semble bien que cela fait une éternité que l’on ne s’est pas écrit. Quelque part, ça m’a manqué car lorsque nous nous voyons, on ne se dit jamais autant que lorsqu’on s’écrit. Avec l’encre, c’est une âme qui prend vie, s’affirme et qui en dit plus qu’elle ne pensait même savoir. Enfin. Tu connais ce lent poison qui s’empare de toi, de tout ton être pour le paralyser? La flemme, oui la flemme, la flamme de mon fléau. Je ne peux blâmer que la flemme qui m’a tenu écarté de ce bureau, de ce stylo, de notre correspondance et peut-être de la Vérité, s’il en existe une. Une question bien naïve va sûrement s’imposer à ton esprit: pourquoi m’écrit-il donc aujourd’hui? A question naïve réponse sotte. Tu pourras bien penser ce que tu veux, mais c’est à cause d’une femme. La femme a tué la flemme. Ce fait est d’autant plus surprenant qu’elle ne plaît pas. Elle est trop grande, trop brune, trop rusée, trop fourbe sans doute. Son visage me rappelle ceux de tes brouillons que tu fais avant de dessiner vraiment. Trop remplis et pourtant trop vides. Incohérents. Ses cheveux forment comme une auréole noire autour de sa tête. Elle les a hirsutes et indomptables. Ses yeux sont plus profonds que des abysses, mais pas à son avantage. On y est aspiré, et c’est effrayant. Ce sont des trous qui semblent encore plus béants qu’ils sont, de loin, indissociables de ses cils et de ses cernes. D’autant plus mal entourés par un nez fin, sec, étroit. Sa bouche a le même profil. C’est une brindille rouge qui se casse dès qu’elle fait la moue, c’est une bouche d’enfant trop bavard. Le pire, le pire mon ami, c’est qu’elle a de l’allure…! Sa silhouette est droite et fière, beaucoup trop fière. Comment peut-elle être aussi élancée et laide à la fois? C’est impossible. Autant te dire qu’elle ne passe pas inaperçue, et je dois souffrir de la voir chaque jour, car il semblerait qu’elle se soit inscrit dans mon nouveau groupe d’amis. En tous les cas, elle est toujours là. Mon cher ami… Alors que je m’apprêtais à finir cette lettre, voilà que j’ai eu le malheur de me relire… Comme il est facile de mentir au papier! J’ai un aveu à te faire. En vérité, Elle m’obsède. C’est moi qui la poursuit et non elle qui me colle. Je ne la déteste pas… Je la hait. Elle me hante. Par sa laideur, par ses charmes qui m’ont envoûtés. A chaque détour, je crois la voir… Je le hait, elle ne m’aime pas. Quoi de pire? Elle ne voit même pas qui je suis. Elle ne se souvient et ne se souviendra jamais de moi. Elle m’a ensorcelé la vermine, ne me laissant d’autre choix que de croupir avec les vestiges de mon esprit. Ma vie est devenue un fossile dès que j’ai eu le malheur de la connaître… Ma vie brûle pour elle sans qu’elle le sache, et de toutes les manières, elle n’en aurait probablement rien à faire. Si tu savais combien de gens l’entourent et l’aime comme moi je la hait! Je me sens misérable à être tombé dans une telle disgrace. Je meurs d’amertume, je me morfonds en regrets. Tu vas te demander ce que je te demande. Je suis injuste, et je ne peux même pas te fournir de réponse. Je ne sais pas ce que je veux… C’est un appel désespéré, sauve-moi… Sort moi de cette danse enivrante qu’a provoqué ma sorcière… J’espère que je ne t’ai pas effrayé, Charles

 

+ Rose

Chère Zoé, Je me rappellerai certainement toute ma vie du jour où je t’ai rencontrée (au fond, vois-tu, je ne suis pas très sure mais je pense qu’il m’arrivera d’autres choses moins banales que cette journée). C’était un jour où il faisait très chaud et moi je ramolissait comme un pruneau moisie… Devant moi, une porte. Derrière moi, ma mère : j’étais cernée ! Je savais que derrière cette porte se trouvait des diables de la pire espèce mais ma mère refusait de m’entendre. Toute tremblante, j’ouvris la porte et aussitôt je me cognais contre une fillette de mon âge. C’était une rouquine, elle portait un sweet trop grand et elle avait un sourir stupide collé à son visage. Pendant que je criais AII !! La petite fille riait aux éclats. Je pleurai de toutes mes forces de façon de faire comprendre aux adultes qu’ une sauvage m’avait cogné mais rien. La petite fille se présenta et nous devinrent aux bout de quelque heure amie. Et cette fille c’était toi. Tu ne te rappelle pas ? C’étais notre rentrée en maternelle ! Bisous Baveux, Rose PS : je viens de t’écrire un mensonge, je me rappelle plu de notre première rencontre mais on ne peut pas m’en vouloir ça va faire dix ans… PPS : Etant donné que l’année prochaine on fêtera nos 10 ans d’amitié, je voulais te prévenir que j’ai vu une très jolie montre Swatch et que j’aimerai bien l’avoir enfin je dis ça je dis rien.

 

+ Morgane

Héloïse, Il y eut des instants où mes jambes, tiraillées par la peur cédaient sous le poids des chaines ; où mon esprit, noyé dans un brouillard infini n’était plus capable de me donner du monde que des visions de murs suintants, d’insectes grouillants et la sensation glacée de l’acier des geôles. Alors que tout s’écroule autour de moi, Héloïse, et que la nuit tombe sur ma vie, j’utilise ce papier moisi et la mine taillée par un condamné pour te rendre mon dernier hommage. Héloïse, à toi qui en un regard me fit prendre la voie des armes, au petit matin mon cœur déjà mort te secondera dans les limbes. A bientôt, Morgane

 


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