Comme si vous y étiez

Publié le 25 juin 2015 | par Labo Des Histoires

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Comme si vous y étiez : festin de cadavres exquis le mercredi 24 juin

Mercredi 24 juin, je retourne m’infiltrer dans l’atelier d’écriture spontanée, animé cette semaine par Hélène Pavie !

Nous étions très nombreux autour de la table, alors pourquoi pas faire un, non, plusieurs cadavres exquis ?! Voici les règles de notre jeu : nous écrivons une phrase sur une feuille que nous plions pour cacher nos mots, mis à part le dernier qui doit rester visible. Ensuite, nous passons la feuille à notre voisin. Forcément, cela donne des récits quelque peu… surprenants ! Même si chaque phrase est assez logiquement reliée à la précédente – voir son dernier mot nous inspire la suivante ! – l’histoire peine souvent à trouver une queue et une tête… Mais la lecture de ces cadavres exquis a fait rire tous les laborantins !

Pour prolonger notre festin de cadavres exquis, Hélène nous a ensuite proposé d’essayer de retravailler les textes, en écrivant entre les lignes, pour essayer de construire un récit qui ait un tant soit peu de sens ! Nous nous sommes retrouvés avec des histoires un tout petit peu moins abracadabrantes ! En voici quelques unes…

Juste un conseil : avant votre lecture, essayez de laisser de côté tout bon sens, toute logique.

+ Cadavre exquis d’Alexandre

Il ouvrit la porte et surgit un rayon de lumière très éblouissant. Je percevais une étrange lueur de l’autre côté de la sombre caverne, elle s’appelait la caverne noire. Le noir des êtres magiques et maléfiques : sorciers. La tristesse ne voilait pas ses yeux comme auparavant, il souriait tandis que, ses cheveux en bataille tombant sur ses épaules, il leva sa baguette magique. Magique comme un ours qui vole dans les cieux dans les vents, dans les nuages. Il allait bientôt, comme d’habitude, pleuvoir comme une journée d’automne. Ciel triste, pas comme en été. Une cigale s’envola et tomba dans le ventre de mon chat. Tous les chats sont si mignons, ils sont adorables. Chat au poil gris, vert, rose, violet, ils sont doux et moelleux comme un nuage ou comme les barbes à papa des fêtes foraines. C’est le lit de la fée bonbon ; Minuit était vraiment douce avec ses longs cheveux blonds et rasés au millimètre près sur un seul côté de la tête. Le soleil les faisait scintiller comme un rayon de soleil sans soleil rose, argenté, bleu, orange et violet.

+ Cadavre exquis de Paloma

J’aime le poulet. Les Mexicains aiment le poulet au chocolat et aux tables noires qui étaient vraiment loin. Si loin qu’elles se perdaient dans les nuages… Là-bas, sur une autre planète, à des millions d’années-lumière, que faisaient les histoires qu’écrivaient les gens ? Souvent bizarres, cruels, les gens, les personnes étaient-elles gentilles ? Et lui, le garçon des chaussettes, était-il méchant ? Ou bien… Ou bien… il s’approcha alors que je doutais et il partit d’un rire diabolique et je n’eus plus de doutes.

Nous ne sommes pas tout noir ou tout blanc, mais gris, comme le ciel d’aujourd’hui : je sens l’orage, sombre et dangereux ! Je le sens venir ! Il faut donc faire attention aux éclairs blancs ! Je viens de l’école lorsque le premier éclair tombe. Je m’approche de l’école. La maîtresse du garçon qui passait semblait gentille, comme son professeur à elle, Madame Dina, qui donnait de bons cours de français. Le ciel restait noir lorsque se termina l’école. La sonnerie retentit, l’école était finie !

Gaëlle se précipita hors de la classe, ses livres dépassant de son sac entrouvert. Un nouvel éclair zébra le ciel, le froid devint mordant. Gaëlle se mit à courir : avec un peu de chance, elle échapperait à la pluie. Mais soudain, l’air devint lourd et l’averse brisa les nuages. Elle poussa un cri. Trempée jusqu’aux os, la pauvre Gaëlle se jeta sous l’arbre abattu où la pluie mouillait l’écorce. La jeune fille sortit son livre d’Histoire et, comme elle n’avait rien à faire, elle fit ses devoirs. Gaëlle poussa soudain un grand cri : son sac était tombé dans le caniveau ! Elle se précipita, perdit l’équilibre et, la tête la première, tomba dans l’eau tumultueuse. Elle nagea tant bien que mal, cherchant la rive, brisant la surface. Sa tête heurta quelque chose de dur. Elle s’éveilla, trempée, sur une rive couverte d’herbe tendre. Son cartable se perdait dans les herbes folles. « Où suis-je ? » se demanda-t-elle. Elle se redressa tandis que, sous un arbre, quelque chose bougeait. Gaëlle s’approcha… puis tout devint noir.

Gaëlle se redressa, elle se trouvait au milieu d’une clairière à l’herbe sèche. De petits craquements retentirent. Soudain, une ombre apparut, s’avança et s’écria :

« Par le feu et les flammes, suis-moi dans la forêt, tu y seras enfermée !

-Non ! protesta Gaëlle. Je veux rentrer chez moi !!

-Malheur à toi ! »

La forêt s’enflamma. Les arbres craquaient, se réduisaient en tas de cendres. Gaëlle poussa un cri et… se réveilla.

« Que… ? Que… ? Que se passe-t-il ? »

Elle était sur la rive où elle s’était réveillée la première fois. Il ne pleuvait plus ! Elle rentra chez elle, penaude.

« J’ai fait un rêve… » commença-t-elle à l’adresse de sa mère. Soudain, elle remarqua ses cheveux, roussis et le bas de sa jupe… carbonisé !

+ Cadavre exquis d’Elisa

Je déteste le lait, je préfère le chocolat, surtout en poudre. Mais ce que j’aime le plus c’est le chat de Mme de Sévigné qui buvait, avec elle, de la tisane au miel faite par Halt le rodeur au cours de son tour de cuisine. Il lui avait promis de faire la cuisine du voyage d’elle. Elle aimait voyager de tout son cœur gros comme une patate obèse qui nettoyait toute la maison et les vitres, sales. Je chuchote à ton oreille une douce promesse, c’était que je ne pouvais vraiment pas manquer la Japan Expo, les vacances et tout ; si je manquais ça je serais triste et elle aussi. Elle était très triste et elle manquait à sa mère, elle le savait mais elle faisait comme si elle ne le savait pas car sa mère lui avait interdit de manger les patates et ça ne lui plaisait pas. Du coup elle créa le gang des mangeurs de patates, elle aimait manger, elle aimait manger des frites et de la purée mais elle s’était énervée et avait sauté sur les trolls et avait tout brûlé. Puis elle se transforma en il. Et il partit loin, en Suède. Pour l’instant, il n’aimait rien faire, sauf courir, mais quelqu’un le suivait et lui disait « Cours, cours, cours, cours, cours, cours si tu veux sauver ta peau ! » Il ne voulait pas l’écoutait et s’arrêta. Le sol s’étendait et il se retrouva dans le beau monde des patata où il redevint elle.

+ Cadavre exquis de Philippine

L’œil aux aguets, elle s’avança silencieusement vers la porte qu’on lui avait toujours interdit de toucher ou bien d’ouvrir. La porte grinçait, avec un gant en cuir jaune poussin elle pouvait effleurer le bois recouvert de tissu, d’un fin tissu ocre, comportant de nombreuses taches et de déchirures ainsi que de larges auréoles d’humidité. Mais les déchirures l’intriguent. Ça peut être très joli, une déchirure dans du papier. Elle pousse enfin la porte et avance doucement, touchant les murs imprimés. Mais une goutte de jus de chabidoualilouam (qui est très bon) tomba et fit dégouliner un jus verdâtre. Il fallait qu’elle trouve l’interrupteur pour y voir plus clair. A tâtons, elle le trouve enfin, il est plein d’encre. Cette encre était si précieuse qu’elle en voulait au prix de sa vie. Elle essuie ses doigts et verse le reste de l’encre dans un flacon. Un horrible pirate chauve avec un oiseau sur l’épaule est assis dans la pièce. L’oiseau bleu s’envole par la fenêtre dans le ciel étoilé. Elle frissonne. Le pirate lui dit : « Loin de moi il y avait une belle plage à côté de ma meilleure amie. » Le pirate chauve semblait triste, il avait eu beaucoup d’amis mais jamais un qui lui inspirait autant confiance. La confiance en soi est un atout dans la vie. N’ai pas peur, sois toi-même. Tu verras, si tu suis mon conseil la vie ne sera jamais pareil.

+ Cadavre exquis de Madeleine

Le jour d’avant, l’alphabet s’était déréglé, les voyelles avaient fugué et elles avaient traversé la forêt, de jour et de nuit, pour partir chez les lutins faiseurs de tartes aux pommes. Les feuilles dansaient au vent sous le soleil rouge comme le sang. Justement, une voyelle tombe et du sang rouge coule de sa blessure béante, pleine de terre. Pendant ce temps, les humaines cherchaient les voyelles, surtout moi. De temps en temps j’aimais regarder ma montre pour voir depuis quand elles avaient disparu. A côté de moi, un homme s’était caché dans une grande horloge. Il regarda l’heure de ma montre et ses yeux faillirent sortir de leur orbite ; il avait passé trois heures caché dans l’horloge, comme un lapon. Tiens, justement, un lapin sautait de l’horloge puis un autre, puis encore un autre. Bientôt, il y eut des centaines de choses ressemblant à un lapin. Un lapin adorable, avec de jolies oreilles longues, et tout petit. Mais l’homme avait toujours préféré les oiseaux, particulièrement les poules qu’il y avait dans le poulailler de sa grand-mère Madame Le Floch. Madame Le Floch enfila son manteau et s’y rendit pour récupérer les œufs récemment pondus : elle rêvait d’une omelette ! Son mari lui dit : « Avec un peu de salade s’il te plait, et de la crème chantilly, avec du ketchup et bien sûr de la moutarde, du piment et du chocolat ! » Madame le Floch cria : « Bon la choucroute est prête ! Mais ce n’est que pour les voyelles disparues qu’elle est prête ! » Et les voyelles réapparurent comme par magie, accompagnées de moi et de l’homme de l’horloge.

+ Cadavre exquis de Joseph

L’éléphant va boire à la source dans la lumière du ciel qui était illuminé par le soleil ébloui du matin au soir, du soir au matin il voulait le revoir. « Au revoir », avait-il dit, mais il n’était pas parti de fromage qui sent mauvais ; un pied pue. Elle se boucha le nez et je fondis en sanglots. Je laissai échapper un sanglot : cela faisait longtemps que je le retenais. Je retenais mes leçons de mathématiques. Le professeur était un peu sévère mais il n’était pas méchant : il leur apprenait beaucoup de choses qu’ils enfermaient au fond de leurs cahiers, cahiers de mathématiques ou de français. Tous les soirs, il lisait son manuel de français, il s’efforçait de travailler chaque jour, d’apprendre la conjugaison, la grammaire, l’orthographe, mais toujours il écorchait les mots et mélangeait les lettres. Les chiffres partent en ordre dispersé, et sous ordre de bataille contre les licornes.

+ Cadavre exquis de Naossa

Elle aimait ses cheveux d’or, les chips et le soleil. Le soleil qui brillait dans le ciel, caressait de ses rayons les pavés de la rue qui a des déchets poubelles qui ressemblent à un déchet. Alors elle voulut jeter ses chaussures à la poubelle malgré les cris de sa mère. Elle aimait beaucoup sa mère mais bien moins que son père qui était gentil. Quand elle se réveilla, il y a maintenant cinq heures, sa main fine se dirigea vers la table, à la recherche de la clef, aussi près d’elle et sa main rencontra autre chose qui n’était pas comme une clef. Elle examina la porte en bois sculpté avec attention et sortit. Dehors, sur un banc, il était écrit « Attention à la peinture fraîche ! ». Depuis que les bancs sont peints en rose pâle, les gens ne se rendent pas compte qu’ils sont peints et s’asseyent dessus, mais une patata dorée sautait dessus, elle essayait de s’échapper du destin des frites en devenant rose ! Les frites à l’avocat avec de la mayonnaise était si bonnes que les gens en mangeaient sans s’en rendre compte et jetaient les déchets dans la boite du gâteau que Jeanne a préparé.

+ Cadavre exquis de moi-même (Clara)

C’était la nuit, et on entendait les chouettes hululer à travers la cheminée dans laquelle le vent s’engouffrait violemment, tout comme par la fenêtre entrouverte dont les vitres verdissaient à cause des nuits froides et pluvieuses qui augmentaient de manière considérable le taux d’humidité et favorisaient le développement des moisissures qui puaient comme un énorme sanglier s’étant roulé encore et encore dans la boue. Boue qui était l’aire de jeux favorite de ces animaux mais aussi leur bain thermal dans lequel ils venaient souvent se délasser le temps de leur longue digestion. Car les sangliers avaient bien du mal à digérer les escargots dont ils se goinfraient. Pour éliminer cette graisse, et ils en avaient grand besoin, les sangliers faisaient beaucoup de sport et organisaient différents championnats. Le jeune sanglier nommé Bertelin était d’ailleurs champion du monde en course à pied et il en était très fier. Son seul regret était de ne presque pas avoir d’amis. En effet, la plupart des sangliers le rejetaient car on lui reprochait souvent de puer des pieds alors qu’il prenait une douche par jour. Que pouvait-il faire de plus ? Il n’allait tout de même pas se parfumer ? Une douche par jour suffisait amplement ! Mais Bertelin oubliait un détail : il prenait en effet une douche par jour… mais pas par n’importe quel jour, une douche par jour de pluie. Fine, transparent, la pluie, les averses se répandaient partout, luisant d’argent et de gouttelettes qui lavaient le pelage de Bertelin pour le rendre étincelant. Oh qu’il aimait la pluie ! Le mardi, la pluie était plus belle que le jeudi soir. Tout était triste le jeudi soir car c’était un jour de fête. Or, Bertelin détestait le bruit, il préférait de loin le calme. Les matins étaient toujours calmes, c’était dans la soirée que ça se compliquait… Presque tous les soirs, Bertelin s’enfuyait dans les profondeurs de la forêt pour s’enrouler dans le silence protecteur. Un de ses soirs-là, Bertelin lisait un livre fantastique, empli d’aventures extraordinaires de chasseurs qui chevauchent des pégases. « Compliqué ce contrôle », pensa-t-il : il est vrai que monter sur les pégases n’était pas fastoche, loin de là. « Il est tellement plus facile – et agréable ! – de se rouler dans la boue », pensa-t-il encore. Malheureusement, il avait perdu les bananes vertes qui massaient si bien. Bananes que le singe fourbe et mesquin qui terrorisait tous les sangliers avait attrapées et croquées d’un coup. Sec et brutal. Bertelin frissonna et secoua vivement sa tête pour chasser ce mauvais souvenir et replongea dans son livre de chasseurs qui chevauchent des pégases tandis qu’à l’orée de la forêt, la fête battait son plein.

 

C’était un exercice assez amusant qui nous a permis d’écrire sans nous soucier du fond de nos textes : grâce aux cadavres exquis, pas besoin de se creuser la tête pour trouver des idées !

 

Clara, 15 ans, laborantine et stagiaire au Labo des histoires

 

 


A propos

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