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Publié le 26 octobre 2012 | par Aurélie Laurière

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Comme si vous y étiez : « Et si… »

Merci à Marina Bruckert, pour ce très beau moment d’écriture, et à tous nos valeureux participants, pour avoir accepté de réécrire l’Histoire.

Sur la photo : Marina et Anna

Encore un mercredi pluvieux pour ce nouveau rendez-vous au Motif. Après avoir créé nos monstres, aujourd’hui, nous réécrivons l’Histoire ! Marina commence par expliquer ce mot étrange : « uchronie ». C’est une technique d’écriture qui consiste à revisiter l’Histoire à partir de la modification d’un événement du passé. Durant l’atelier d’écriture, nous supprimerons des évènements  des inventions, et nous imaginerons leurs conséquences dans notre vie quotidienne.

Marina nous donne quelques exemples pour illustrer le concept et nous démarrons le brainstorming : « La première Guerre Mondiale ! » Ok, mais encore ? « Et si on avait perdu ? » Oui, ça pourrait être intéressant. « Et si on n’avait pas inventé le portable ? » ; « Et si on n’avait pas d’ordinateur, donc pas de musique ?» Donc si nous n’avions pas l’électricité en gros. « Et si une autre espèce animale avait évolué comme les humains ? » Back to the préhistoire ! « Et si les femmes n’avaient pas acquis leurs droits, on serait encore sous l’autorité de notre père ! » Ah, ça devient intéressant. « Et pas de liberté d’expression, comme dans 1984 ? » Ou encore : « Et si la révolution de 1789 n’avait pas eu lieu et que nous vivions encore sous une monarchie ? » Des réflexions assez politiques au fond, c’est intéressant. « Et si ce n’était pas la crise économique ? » Les choses se compliquent. « D’ailleurs, est-ce que la crise économique se terminera un jour ? » On s’éloigne du sujet mais les ateliers sont là aussi pour réfléchir et construire sa pensée.

Après un moment de réflexion sur l’avenir et sur le choix de sa voie professionnelle, nous reprenons le sujet initial : « Et si la monnaie n’existait pas ? ». Nous apprenons même que la monnaie telle que nous la connaissons est sûrement une invention des Chinois et ce, depuis 600 ans avant Jésus-Christ ! Voilà qui nous fait beaucoup de sujets, maintenant, nous devons trier les idées que nous voulons aborder.

Trois thèmes ressortent : l’évolution d’une autre espèce, la monarchie, et donc la censure, et enfin la monnaie. Nous reformulons les questions pour mieux imaginer l’impact que cela aurait aujourd’hui :

– Et si les poissons avaient évolué comme les singes, formant une autre espèce humaine parallèle, comment cohabiterions-nous avec eux ?
– Et si la monnaie n’avait pas été inventée par les Chinois et que nous fonctionnions encore avec le troc, comment vivrions-nous ?
– Et si la révolution de 1789 n’avait pas eu lieu, et que le système monarchique était toujours en vigueur, sans liberté d’expression, comment ferions-nous ?

Avant de commencer nos histoires de l’Histoire, Marina nous conseille de raconter nos récits via le point de vue d’un personnage, un personnage fictif ou soi-même. Nous pouvons par exemple partir de notre quotidien, d’une journée type, et inclure les conséquences de la question. Au boulot, choisissons notre présent !

Après une pause goûter pour nourrir les esprits, le premier texte est lu. Des humains-poissons vivent dans la Seine, et nous faisons connaissance avec nos voisins marins. Après quelques conseils de l’intervenante, Anna reprend son texte pour approfondir les différences que nous pourrions avoir et la manière dont on pourrait vivre avec eux. Nous avons à notre disposition un dictionnaire analogique. Plus qu’un dictionnaire des synonymes, il nous donne tous les mots associés à une idée. Allez, améliorons nos histoires grâce à ce nouvel outil.

L’atelier touche à sa fin et les histoires sont plus riches. Les parisiens mi-hommes mi-poissons deviennent les Aqueux. Des conflits vestimentaires se font ressentir entre les terrestres et les marins, même si les jeunes hommes poissons sont friands des jeunes filles terrestres, créant ainsi une jalousie dans la gente féminine. Ah là là, les filles toujours à se disputer pour des garçons !

La séance se termine et nous n’avons plus qu’à rêver d’un monde étrange avec des êtres différents de nous, des rois tyranniques et des paiements en chèvres et moutons…

Retrouvez le texte de l’une de nos participantes qui a accepté de nous livrer son texte. Et vous, à sa place, vous auriez écrit quoi ? Dites-nous tout !

Lundi.
Cela fait quelques jours que j’ai 14 ans. En compagnie des filles de ma classe, j’ai imaginé faire une petite fête avec les 3èmes du collège Triton Drussel. Évidemment, c’est une idée un peu compliquée : pour cause, ce collège est au beau milieu de la Seine, profondément enfoui au fond de l’eau. On les a rencontrées lors d’un après-midi de partage organisé par les deux Mairies de Paris. On a une mairie pour chacune des deux espèces humaines. Et c’est la même chose dans toutes les villes de France. Pour les autres pays, je n’en sais rien. Mais contrairement à ce qu’on pourrait penser, au final, nous ne formons qu’un groupe d’humains différents. Il existe autant de Français aquatiques que terrestres, et c’est la même chose partout dans le monde.

Après les cours, depuis notre rencontre, on se retrouve sur les bords de la Seine et nous passons l’après-midi à discuter, jouer ou s’éclabousser. C’est dommage qu’ils ne puissent pas marcher, nous aurions pu leur montrer nos magasins préférés, mais de toute façon, à chaque fois, les filles se moquent de nos vêtements.

Elles les trouvent soi-disant trop vaporeux ou légers. Personnellement, je ne suis pas non plus attirée par leurs costumes gluants et moulants. À chaque fois, les filles du collège Triton Drussel nous font remarquer le désaccord de nos tenues. Quand leur mode leur fait porter des cols hauts en algues simili-écailles, chez nous, c’est plutôt la tendance du color block. Pas une seule fois nous n’échappons à leur étroitesse d’esprit. Ajoutez à cela qu’elles ne manquent jamais de signaler la discorde de nos prénoms. Nos Léa, Kenza, Marie, Louise, Laura rivalisent avec leurs Ruisselle, Rosée, Humidia, Ondée.

Il est bien connu que les Aqueux, les humains aquatiques parisiens, sont désagréables et peu enclins à la découverte des terrestres. Les garçons néanmoins sont charmants. Outre leurs vêtements, ils ne cessent de se dire fascinés par nos cheveux ou notre peau. Sûrement parce que les chipies aqueuses n’ont pas de cheveux mais des filaments et une membrane verdâtre pour remplacer leur peau. J’ai commandé pour mon anniversaire une combinaison complète de plongée. Je dois effectivement passer une semaine chez mon cousin Alcan, un Aqueux qui m’a promis de m’emmener visiter tous les recoins de leur Paris.


A propos

Chargée de projet éditorial au Labo pendant six mois. Mission : promouvoir les ateliers, stages, master class et K.O. des MOTS. Faire en sorte qu’on en parle, qu’on en parle partout et qu’on en parle en bien. En bref : écrire au sujet de l'écrit. Avant, après et à côté : journaliste culture.



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