À lire Comme si vous y étiez : "Héros de tous les jours" avec Antoine Bréard

Publié le 29 octobre 2012 | par Aurélie Laurière

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Comme si vous y étiez : « Héros de tous les jours » avec Antoine Bréard

Merci à Antoine Bréard pour ce très beau moment d’écriture journalistique et créative et, bien sûr, à tous nos participants très inspirés ! 

Il est assis en face de nous, près du paperboard. Il nous regarde en souriant. Autour de lui, plein de feuilles, de livres, de stylos éparpillés sur la table. Il commence : « Bonjour, je m’appelle Antoine Bréard, je suis journaliste de formation, rédacteur en chef d’Exuleo, une agence éditoriale, et de Yards, un trimestriel traitant de grands reportages et de sport. J’ai écrit deux livres lors des deux dernières années : L’Amour du maillot et Didier Dinart, secrets d’un champion. J’aime par-dessus tout mon métier, écrire donc,  et passer de bons moments avec les gens. Comme ce soir je l’espère. » Voilà une description assez complète ! « Savez-vous ce que je viens de faire ? » Te présenter, non ? « Je viens de faire mon portrait. » Oui, on peut le dire comme ça aussi. 

« Un portrait, ce sont des éléments factuels et non factuels. Et le plus intéressant, c’est le non factuel, ce qui est dit entre les lignes ». Une description de quelqu’un ne passe pas seulement par son physique et ses paroles, mais aussi par des détails et sa façon d’être. À notre tour maintenant. Chacun se présente et effectivement, nous pouvons déjà mieux connaître nos camardes d’atelier : les timides, les réservés, les bavards, les passionnés… 

« Il y a des portraits dans tous les écrits. » C’est vrai, que je lise un roman ou un journal, j’y lis la description de quelqu’un, « mais dans les romans, les portraits sont éclatés, nous allons en savoir plus grâce aux éléments de sa vie quotidienne », il faut faire attention à tout ce qui entoure le personnage, ses objets, ses actions. La description du personnage ne nous est jamais donnée de façon directe, il faut prendre en compte le ressenti, l’impalpable. « D’ailleurs, les meilleurs personnages sont souvent tirés de la réalité. » Ça me rappelle quelque chose… « Dans un portrait, ce qui nous intéresse est ce qui résonne en nous. » Ça aussi… Bien sûr ! L’atelier de Flore Vasseur et les faits divers.

Après cette présentation du portrait « romanesque », Antoine Bréard nous introduit le portrait journalistique, sa spécialité. Il nous distribue le portrait de « Jean-Luc Duez – Petits Maux d’Amour » extrait du journal Libération du 3 décembre 2003, sans la photo. Avez-vous déjà vu le mot « amour » dans la rue ? Dans le métro ? Voici l’auteur de ces messages. 

Antoine nous demande notre avis sur ce personnage, ce que nous aimons dans le texte, sa construction, la manière dont est décrit le personnage. « Le texte est drôle, surtout la dernière phrase. » ; « On découvre le personnage au fur et à mesure du texte. » ; « Le portrait est annoncé par les graffitis, on est obligé d’éprouver de la sympathie pour ce personnage alors qu’il est décrit avec des termes pas forcément valorisants. » C’est sûr ! « Le nez en chou-fleur, les cheveux gris sales. » Rien de très attrayant dans sa description physique, mais comment détester celui qui donne son « amour » ? Antoine nous fait remarquer : « Au fond, c’est le portrait d’un psychopathe. » Jean-Luc a commencé ses tags à la suite d’une rupture difficile et a été condamné pour harcèlement par sa belle. Et pourtant, tout le monde aime Jean-Luc ! 

« Ce qui est intéressant dans cet article, c’est que le journaliste utilise plusieurs points de vue. » Lorsque nous voulons faire le portrait de quelqu’un, nous devons interroger ses amis, sa famille, ses proches mais aussi ses ennemis. Nous devons pouvoir confronter les différents regards pour comprendre la personne dans son entier. Il faut aussi planter le décor, comme dans cet exemple où nous savons très bien que nous sommes à Paris. « On doit être exigeant dans un portrait, tout ce que l’on écrit doit avoir du sens. » Ne nous attardons pas sur les détails s’ils n’apportent rien au personnage ! De toutes les façons, il y a tellement de choses à dire…

Et ce Jean-Luc, à quoi ressemble-t-il ?  Antoine nous dévoile la photo de Jean-Luc, un homme assis sur un banc, près de son « amour », désabusé et triste, loin de l’image qu’on s’en faisait.

Antoine martèle « Un portrait doit avoir un début et une fin, peu importe la longueur du texte. » Nous ne devons pas décrire quelqu’un n’importe comment, mais en suivant une logique, sans hésiter à se raccrocher aux détails car « ce sont les détails qui font les gens. » 

Allez, exercice pratique : on interviewe son voisin de table. Deux par deux, nous jouons aux reporters : nom, prénom, âge, parcours scolaire. Jusque-là, ça ressemble plus à un contrôle d’identité qu’à un portrait, mais une fois les questions classiques posées, il faut bien aller chercher plus loin : des frères et sœurs ? Ta relation avec eux ? Pas si évident que ça d’interviewer quelqu’un qu’on ne connaît pas ! 

Comme si vous y étiez : atelier d'écriture "Héros de tous les jours" avec Antoine Bréard

Après dix minutes de questions-réponses, on passe à l’écriture de nos portraits ! Top chrono !

20h : débriefing de nos écrits. Antoine récupère nos textes : « Dans un portrait, notre personnalité d’auteur doit transparaître par la mise en valeur de l’autre. » Faire le portrait de quelqu’un, c’est nous retrouver en lui.

Rendez-vous pris pour le 22 novembre, même heure, même adresse, même intervenant. D’ici là, nous devons faire le portrait de notre « héros du quotidien », cette personne qui nous apporte tant, que nous admirons car sans y paraître, elle est extraordinaire. C’est parti pour la chasse au héros ! 


A propos

Chargée de projet éditorial au Labo pendant six mois. Mission : promouvoir les ateliers, stages, master class et K.O. des MOTS. Faire en sorte qu’on en parle, qu’on en parle partout et qu’on en parle en bien. En bref : écrire au sujet de l'écrit. Avant, après et à côté : journaliste culture.



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