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Publié le 4 avril 2017 | par Labo Des Histoires

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Atelier « Booster » au Palais de Justice de Paris

Dans le cadre du projet Booster, programme de formation de quatre mois dont l’objectif est d’aider les jeunes en décrochage scolaire à trouver une alternance, porté par le CFA Campus Montsouris et financé par la région, le Labo des histoires Paris propose des ateliers d’écriture un peu particuliers. Dans un premier temps, les participants sont invités à découvrir le Tribunal de Grande Instance de Paris et à assister à un ou plusieurs procès. Dans un second temps et à partir des informations recueillies durant la matinée, les participants sont amenés à développer l’écriture créative en écrivant un récit de fiction inspiré des faits réels découverts le matin même.

L’atelier qui s’est déroulé ce jeudi 30 mars a duré toute la journée. Le matin, les douze jeunes sont arrivés à 9h00. Frédéric Couderc, écrivain et intervenant au Labo des histoires Paris qui animait l’atelier, et les jeunes, ont discuté notamment du métier d’écrivain, du pourcentage du livre qui revient aux auteurs, de l’inégalité des revenus dans les métiers du livre, etc. Après cette intéressante discussion, le groupe s’est dirigé vers le Palais de Justice pour assister à des audiences. Le lieu était magnifique mais aussi très impressionnant, avec les lumières jaunes suspendues aux très hauts plafonds des sombres couloirs, les gendarmes qui allaient et venaient, et les échos qui amplifiaient tous les bruits. Les deux audiences auxquelles nous avons assisté étaient un homicide involontaire datant d’il y a vingt ans et l’explosion de l’usine AZF de Toulouse survenue en 2001.

Le premier procès se déroulait au premier étage. Le matin du vendredi 20 juin 1997, l’homme inculpé aurait volé deux bouteilles de vodka. Peu après, il aurait eu des gestes de violence envers des pompiers ; on sait donc que ce jour-là, il était violent et sûrement ivre. L’homme aurait, lors d’une bagarre près de la place de la République, tué involontairement un de ses adversaires. Quelques jours après, il partait à l’étranger pour ne revenir que récemment, juste avant son arrestation.

Le second cas dure depuis des années, il s’agit d’une explosion à l’usine AZF de Toulouse, qui a eu lieu le 21 septembre 2001. Elle a causé 31 morts, 2500 blessés et plus de 15 000 personnes ont subi les dégâts de cette explosion. Les hypothèses quant à l’origine de cet incident sont nombreuses, d’un attentat à un incident technique en passant par l’usine souterraine et la vapeur d’un autre produit en provenance d’une usine voisine.

De retour au Labo des histoires Paris, les jeunes sont allés déjeuner puis sont revenus aux alentours de 14h15, heure de rassemblement indiquée par Frédéric Couderc. Les impressions sur les audiences vues et le Palais de Justice ont étés échangées. Certains trouvaient le bâtiment impressionnant, d’autres avaient eu des frissons dans le dos à la pensée que l’homme qui se trouvait devant eux avait tué, ou que durant le deuxième procès, la juge ne parlait pas assez fort, que le Palais était très parisien ou que son ancienneté donnait une impression d’intemporalité de la justice… Les remarques étaient très variées mais il en ressortait néanmoins que la visite au Palais de Justice leur avait fait forte impression.

Frédéric a donné les consignes pour l’atelier d’écriture : produire un texte en s’inspirant de la sortie du matin au Palais de Justice. Une demi-heure d’écriture a été donnée. Au début, l’inspiration semblait ne pas être très abondante et des discussions avaient lieu, mais au bout d’un moment, tous les participants semblaient avoir trouvé une idée et faisaient face à leur feuille, crayon en main.

La séance de lecture des textes s’est déroulée dans un calme de temps en temps ponctué de rires. Les textes n’avaient pas forcément un grand rapport avec les procès vus, ne contenaient que peu ou aucune description du Palais de Justice, mais étaient très beaux, et se démarquaient les uns des autres par les personnages (le détenu, un avocat, soi-même…), par le moment de l’histoire (avant l’audience, après l’audience, pendant l’audience), et par les manières de raconter. À la fin, tout le monde est parti le sourire aux lèvres.

Article rédigé par Naossa Maille-Okada, en stage au Labo des histoires Paris

*

Exemple de texte produit lors de l’atelier Booster, par Naossa-Maille Okada.

Sonnerie de réveil. Froissement de tissus. Gabrielle ouvrit les yeux difficilement, l’air fatigué. Étudier des dossiers jusqu’à minuit n’était vraiment pas une bonne idée. Elle se prépara un petit-déjeuner comme à son habitude ; des tartines avec de la confiture de mangue. Ce parfum lui rappelait son enfance dans la campagne, dans une maison perdue à quelques kilomètres du moindre village. La trentenaire afficha un léger sourire, qu’elle effaça peu après, et alla s’habiller. Chemise, pantalon noir, veste noire, comme à son habitude. Elle vérifia le contenu de son sac, ajouta les quelques objets qui manquaient puis partit, son éternel café à la main.

Une petite demi-heure plus tard, Gabrielle entrait dans l’imposant bâtiment qu’était le Palais de justice. Jetant un coup d’œil autour d’elle comme pour s’assurer que tout était à sa place habituelle, elle se dirigea vers l’entrée du bâtiment en claquant des talons. Un quadragénaire l’y attendait, encadré de gendarmes, l’air impressionné par le décor. L’homme à la queue de cheval avait en effet le visage tendu, sûrement à cause de la peur du jugement, et son regard se déplaçait rapidement, passant des lampes orangées aux hauts plafonds, en se perdant dans les motifs du sol. Gabrielle eut un léger sourire pour la deuxième fois de la journée : ce n’était pas le genre de personne à se moquer du juge ou de la cour comme elle en avait vues quelques rares fois, mais c’était vrai que l’architecture du lieu avait des côtés écrasants. Les longs et sombres couloirs donnaient un air implacable, et ajoutés aux échos créés par la hauteur des plafonds, une impression d’oppression pouvait être ressentie.

La femme échangea quelques mots avec l’interprète avant de se diriger vers la salle d’audience. Elle savait déjà ce qu’elle pouvait dire, mais tout dépendait du meurtrier. Un hochement de tête au juge plus tard, Gabrielle était assise à sa place, écoutant la discussion que l’on pourrait presque renommer interrogatoire entre le juge et l’assassin, soupirant à l’entente des réponses peu claires de ce dernier. Elle vit un groupe de personnes arriver peu après le début, puis repartir une demi-heure plus tard, et se dit que le procès allait durer. Les récits des témoins ne concordaient pas toujours, et aucun ne semblait être sûr à 100% de sa version des faits. Au moins, pensa l’avocate, ils comprendront la fragilité de la vie.

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A propos

Le Labo des histoires propose des ateliers d'écriture gratuits pour les jeunes de moins de 25 ans. Journalisme, scénario, écriture créative, B.D., poésie, chanson... Venez vous initier aux techniques d'écriture, écrire, imaginer, raconter de nouveaux mondes, de nouvelles histoires, de nouvelles aventures !



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