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Publié le 11 mars 2021 | par Labo Des Histoires

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Ecrire en milieu carcéral avec Lire pour en Sortir

La rencontre entre deux associations

Une association dédiée à la lecture et une association dédiée à l’écriture, il n’en fallait pas plus pour se rencontrer et s’associer.

Lire pour en Sortir est la seule association nationale à proposer aux personnes détenues des actions d’insertion par la lecture, autour de 5 missions : un programme personnalisé de lecture, l’organisation et l’animation d’actions culturelles autour du livre, le soutien à la sortie de l’illettrisme, le développement de l’offre de lecture des bibliothèques pénitentiaires et le soutien à la réinsertion par la formation aux métiers du livre.

Ainsi, c’est grâce à l’action de Lire pour en Sortir que l’article 721-1 du code de procédure pénale a été modifié en juillet 2014. Il a étendu les remises de peine supplémentaires aux activités culturelles, dont celles de la pratique de la lecture. L’association a à cœur de placer la lecture au cœur du projet de réinsertion des personnes détenues. La lecture, au-delà du plaisir et des découvertes qu’elle peut induire est aussi un enjeu de société. Elle demeure un outil indispensable de compréhension du monde et d’émancipation individuelle et collective.

Le programme est actuellement installé au sein de 24 établissements en France métropolitaine et ultramarine.

De son côté, le Labo des histoires travaille depuis 10 ans maintenant à la promotion de l’écriture créative auprès de tous les jeunes en France et se perfectionne sans cesse dans les pédagogies à développer en lien avec les caractéristiques des différents publics visés.

Les actions régulières du Labo des histoires l’ont amené à développer des projets en partenariat avec de très nombreuses institutions : écoles, collèges, lycées, bibliothèques, médiathèques, musées mais aussi hôpitaux, centres sociaux, maisons de quartiers, espaces de formation mais aussi des prisons, puisque plusieurs antennes de l’association ont eu l’occasion de co- construire et de développer des projets en milieu carcéral.

En Île-de-France, où le Labo des histoires dispose de trois antennes, plusieurs projets ont été menés au sein de la Maison d’arrêt des Femmes de Versailles (Yvelines) et de la Maison d’arrêt de Nanterre (Hauts-de-Seine), et un cycle a été organisé à la Maison d’arrêt de Villepinte (Seine-Saint-Denis). D’autres projets verront bientôt le jour au sein de la Maison d’arrêt de Bois d’Arcy (Yvelines).

Si vous avez envie de découvrir certaines productions et l’ingénérie d’un projet pensé avec une Maison d’arrêt, nous vous conseillons la lecture de notre article qui reprend les étapes et les rendus de notre projet à la Maison d’Arrêt de Nanterre :

Un partenariat né à La Réunion

En 2018, le Labo des histoires Réunion a collaboré avec Lire pour en sortir à l’occasion du projet du Mégaphone Magique, en lien avec le Service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) à la Prison du Port. Le partenariat s’est poursuivi en 2019 dans le cadre d’un projet BD autour des discriminations, en lien avec la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), en direction de mineurs incarcérés à la prison de Saint-Denis.

En 2020, Lire pour en Sortir imagine développer des ateliers d’écriture auprès de leurs publics dans le cadre de leur programme de lecture. C’est tout naturellement qu’ils se tournent vers le Labo des histoires Réunion pour former leurs bénévoles à la mise en place de projets d’écriture et à l’animation d’ateliers d’écriture pour leurs bénéficiaires.

Le Labo des histoires Réunion propose alors une formation de 3 jours en lien avec le catalogue des livres proposé par Lire pour en Sortir en direction des personnes en détention, avec la contrainte de ne pouvoir introduire aucun support en prison. Cette formation a pour objectif de bâtir un projet que les bénévoles de Lire pour en sortir mettraient en œuvre concrètement auprès de leurs publics au cours de l’année 2021.

Embarquons donc pour un voyage ensoleillé, direction l’Île de la Réunion, afin de découvrir la première session de formation mise en place avec les antennes réunionnaises du Labo de histoires et de Lire pour en Sortir.

L’expérience du Labo des histoires Réunion a montré qu’articuler des ateliers d’écriture avec une œuvre, qu’elle soit picturale, théâtrale, littéraire… permet aux participants de mieux dialoguer avec elle, en mettant en regard leurs vécus, leurs expériences, leurs opinions, leur imaginaire avec les thématiques qu’elle aborde. Une belle opportunité pour les bénévoles de l’association Lire pour en Sortir d’enrichir leur proposition en milieu pénitentiaire et d’encourager autrement l’acte de lire.

Vous pouvez consulter l’intégralité de l’article ici :

Une déclinaison en Île-de-France

Après cette expérimentation réussie à La Réunion, l’association Lire pour en Sortir s’est rapprochée des antennes franciliennes du Labo des histoires afin d’étendre ce projet aux bénévoles de l’association en Île-de-France.

« Lorsque nous avons pensé à former nos bénévoles à l’animation d’ateliers d’écriture, nous avons tout de suite pensé au Labo : leur approche de l’écriture comme un outil ludique pour apprendre à s’exprimer et prendre confiance en soi correspond tout à fait à ce que nous souhaitons mettre en place en prison. » Sabine Schneider-Maunoury, responsable des programmes de Lire pour en Sortir

Cette première session à Paris a permis aux trois directrices du Labo des histoires Paris, Labo des histoires IDF – Ouest et Labo des histoires IDF – Est de pouvoir à nouveau travailler en trio et surtout en présentiel, tout cela dans un cadre très sympathique, à quelques pas seulement du parc Monceau, où les déjeuners pris sur le pouce en extérieur (dans la neige !) étaient autorisés.

Immersion au sein de notre programme de formation :

Jour 1

La première journée, nous avons souhaité mettre tout de suite “dans le bain” les participants en leur proposant un atelier d’écriture. Certain(e)s avaient déjà une expérience solide en la matière, puisque nous avions parmi nos stagiaires des personnes qui avaient déjà animé elles-mêmes des ateliers, et qu’une grande majorité avait déjà participé à des ateliers.

Tous avaient également un rapport étroit à l’écriture, avec des romans auto édités et d’autres qui attendaient de prendre une forme définitive pour rencontrer leur public. Ainsi, l’atelier, construit autour de couvertures de bandes dessinées figurant dans le catalogue de Lire pour en sortir, a davantage été l’occasion d’échanger sur des approches, méthodes, enjeux de l’animation d’ateliers d’écriture, points essentiels sur lesquels nous sommes revenues l’après-midi.

Nous avons ainsi abordé rapidement l’histoire des ateliers d’écriture, ainsi que l’inscription de l’action du Labo des histoires dans ce mouvement, et présenté les fondamentaux d’un atelier d’écriture. Il nous restait ensuite suffisamment de temps pour nous interroger sur le rôle et la posture de la personne qui anime un atelier : comment créer un climat de bienveillance et d’écoute? Comment stimuler l’écriture même chez les plus réticents? Comment accueillir les textes écrits et lus par les participants et faire des retours ? Cette dernière question a fait l’objet de riches discussions, car, compte tenu des profils et parcours de vie des détenu.e.s, cible des ateliers d’écriture envisagés par Lire pour en sortir, elle est particulièrement cruciale.

Nous avons terminé la journée en annonçant aux stagiaires ce qui était attendu d’eux pour le lendemain.

Jour 2

Après avoir participé à un atelier d’écriture et reçu les apports théoriques nécessaires, nos stagiaires avaient comme consigne, pour la deuxième journée, d’imaginer et de construire leur premier atelier d’écriture.

Nous leur avons ainsi demandé d’imaginer, seul ou en binôme, un atelier de 50 minutes qui inclurait les étapes incontournables étudiées précédemment : l’accueil des participants, la présentation des règles de l’atelier, les différentes propositions d’écriture et leur temps de lecture et enfin les retours sur les productions.

Les ateliers imaginés ont été testés sur l’ensemble des stagiaires avec, cependant, quelques cas pratiques imaginés par nos soins. En effet, le public de stagiaires, bien que très sympathique, n’a pas forcément les mêmes difficultés, les mêmes réactions face à telle ou telle proposition et donc les mêmes comportements que des participants qui découvriraient cette pratique culturelle en prison.  Grâce à plusieurs personnes mises dans la confidence, nous avons pu expérimenter la gestion d’un groupe lorsqu’un participant ne parle pas ou très peu le français, lorsqu’un participant n’écrit pas ou peu en français mais aussi lorsqu’un participant est gêné ou en difficulté avec une proposition ou encore lorsque le texte fait écho à une situation personnelle délicat, qui nécessiterait que l’intervenant fasse un retour neutre pour ne pas alourdir encore un peu plus la charge émotionnelle de l’auteur. Nous remercions d’ailleurs chaleureusement Sabine Schneider-Maunoury, responsable des programmes Lire pour en Sortir, pour les différents personnages qu’elle a bien voulu interpréter avec beaucoup de talent !

Ces situations nous ont permis de rebondir en groupe sur la manière de gérer un moment complexe en atelier sans perdre le fil de sa séance et en permettant aux participants de se livrer mais aussi de s’évader grâce à la créativité et le récit d’invention.

Au cours de cette journée, nous avons eu le plaisir d’assister à quatre belles propositions, toutes très intéressantes et bien construites par nos stagiaires, qui nous ont également livré un peu de leur univers créatif. Ils avaient même imaginé les liens qu’ils pourraient faire avec le programme de lecture proposé par LPES afin d’encourager les participants à emprunter tel ou tel livre suite aux ateliers. Cette démarche a permis de trouver la bonne articulation entre lecture et écriture.

LES RETOURS :

« La formation s’est révélée parfaitement adaptée à nos besoins : elle mêle l’expérience de l’atelier d’écriture à des éléments plus théoriques. Surtout, elle met les participants en situation d’animer leur propre atelier : ils se décentrent alors de leur rapport personnel à l’écriture, pour se mettre à l’écoute des autres et des formes multiples de leur expression.

L’expérience du milieu carcéral d’Amélie a été un vrai plus car elle a pu répondre à des questions concrètes et plus théoriques (quels sujets aborder ou non ? Comment réagir à tel ou tel type de situation ?)

Nous attendons maintenant la dernière journée qui doit permettre à chaque participant de proposer son projet d’atelier ! »

Sabine Schneider-Maunoury, 

Responsable des programmes de Lire pour en Sortir

LES PERSPECTIVES

Comme pour la formation organisée à La Réunion, les trois antennes franciliennes proposeront un temps d’échange et de conseil sur les projets initiés à l’issue de la formation. Si les retours ont montré que, dans l’ensemble, les personnes ayant assisté à la formation étaient prêtes à se lancer dans un projet d’animation d’ateliers, il semble encore nécessaire de les accompagner. Ainsi, nous les reverrons d’ici quelques mois, dès que le contexte sanitaire leur permettra d’avoir une meilleure perspective sur les activités qu’ils peuvent lancer. Chacun, seul ou en binôme selon la configuration retenue, nous présentera son projet, et nous pourrons échanger et apporter nos questions et conseils sur les cycles qu’ils auront imaginés (articulation des différentes séances, éléments qui pourraient nous apparaître comme des écueils, etc.)Par ailleurs, la collaboration entre le Labo des histoires et LPES continuera peut-être à essaimer, puisqu’il est envisagé d’organiser cette même formation en Guadeloupe.


A propos

Le Labo des histoires propose des ateliers d'écriture gratuits pour les jeunes de moins de 25 ans. Journalisme, scénario, écriture créative, B.D., poésie, chanson... Venez vous initier aux techniques d'écriture, écrire, imaginer, raconter de nouveaux mondes, de nouvelles histoires, de nouvelles aventures !



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